Lafarge passe mieux que Saint-Gobain

Jocelyn Jovène

— 

Les deux groupes de matériaux de construction ont annoncé le même jour une augmentation de capital d'un montant similaire, 1,5 milliard d'euros. Lafarge, leader mondial du ciment, et Saint-Gobain, à la fois distributeur et producteur de matériaux pour l'habitat comme le plâtre ou le verre, ont vu leurs profits reculer après la brutale détérioration de l'activité économique dans de nombreux pays, développés et émergents, à partir du troisième trimestre 2008.

Dans les deux cas, leur appel au marché vise à réduire un endettement élevé, fruit d'une politique d'acquisition ambitieuse et leur permettre de traverser une crise majeure, d'une ampleur jamais vue. Saint-Gobain affiche une dette nette de 11,7 milliards d'euros pour 14,5 milliards de fonds propres. Lafarge doit faire face à une dette nette de 16,9 milliards d'euros, pour 14,6 milliards de fonds propres.

Les deux groupes partent donc avec un sérieux handicap, alors que l'année 2009 s'annonce particulièrement difficile. Ils imposent un traitement de cheval à leurs salariés et actionnaires. Saint-Gobain annonce de nouvelles mesures de réduction des coûts après avoir supprimé 8.000 postes l'an dernier. Le groupe a également réduit son dividende de 1,8 à 1 euro par action, n'arrangeant pas les affaires de son actionnaire de référence, la société d'investissement Wendel, détentrice de 21,5% du capital.

Lafarge annonce pour sa part un plan d'économies supplémentaires de 80 millions d'euros cette année et prévoit de verser un dividende de 2 euros par action contre 4 euros un an plus tôt.

Et les décotes appliquées pour attirer les investisseurs dans un environnement de marché volatil sont significatives: chez Saint-Gobain, elle atteint 43% - un chiffre "en ligne avec les récentes opérations", selon les dirigeants du groupe. Pour Lafarge, certains courtiers calculent un prix d'émission autour de 25 euros par titre, 31% en-dessous du cours de Bourse actuel du cimentier.

Certains analystes marquent leur préférence pour le projet de Lafarge que pour celui de Saint-Gobain. Les résultats de Lafarge "sont en ligne avec les attentes et affichent la meilleure performance du secteur", notent les analystes de Natixis Securities. A l'augmentation de capital s'ajoutent une intensification des mesures de réduction des coûts.

Le soutien des actionnaires de référence de Lafarge semble également jouer en faveur du cimentier, même si l'opération de Saint-Gobain, qui n'a pas encore reçu le soutien de son actionnaire de référence a en revanche la garantie du syndicat bancaire composé de BNP Paribas, Calyon et J.P.Morgan.

Le marché a lui aussi fait son choix. L'action Lafarge perd 1,4% à 36,3 euros vendredi matin, dans un marché en recul de 2,9%. Saint-Gobain s'effondre de 16% à 23,5 euros.