Alstom: une valeur pas sexy mais solide

Julien Beauvieux

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Auteur d'un solide exercice 2008/2009, le conglomérat industriel Alstom a pourtant été sanctionné mardi 5 mai par les investisseurs, qui ont préféré retenir des résultats légèrement inférieurs aux attentes pour prendre leurs bénéfices. Dans la tourmente actuelle, le titre fait néanmoins mieux que résister.

L'action du groupe se replie de plus de 2% vers 12h30, dans un marché parisien en hausse de près de 0,4%. Sur la période de douze mois achevée fin mars 2009, le bénéfice net d'Alstom a atteint 1,109 milliard d'euros, contre 1,13 milliard attendu le marché. Ce qui a conduit les intervenants à prendre leurs bénéfices sur le titre, qui s'est particulièrement bien comporté ces dernières semaines.

Le groupe a en effet réalisé un solide parcours boursier depuis deux mois, dans le sillage de signes de reprise économique encourageants. L'action Alstom a ainsi engrangé plus de 39% depuis début mars, contre seulement 25% pour le CAC 40. Le titre évolue aujourd'hui à un niveau important depuis mi-octobre 2008, quand le CAC 40 enregistre encore une baisse de plus de 10%.

Outre des statistiques macroéconomiques plus favorables concernant l'immobilier américain et le redémarrage de l'économie chinoise, qui ont favorisé l'ensemble du compartiment industriel, Alstom fait figure de valeur sûre, notamment en raison de l'importance de son carnet de commandes.

Celui-ci est ressorti en hausse de 16%, à 45,67 milliards d'euros, un niveau record qui représente près de 2,5 fois son chiffre d'affaires. Outre la visibilité intéressante qu'il offre aux investisseurs, le carnet de commandes d'Alstom dispose d'une base de clientèle composée à 80% de grands électriciens dans la branche Energie et à 90% d'opérateurs publics dans la division Transport. Des arguments de poids en pleine déconfiture mondiale, d'autant que les mesures de relance par la dépense publique devraient, selon Alstom, avoir un impact favorable sur son activité.

A l'instar d'un autre groupe industriel, l'italien Fiat, le groupe français a par ailleurs vaincu ses vieux démons en termes de rentabilité et d'endettement. Alstom avait connu de lourdes pertes entre l'exercice 2001/2002 et l'exercice 2004/2005, avant de redresser la barre à partir de 2005/2006. Dans le sillage de l'éclatement de la bulle Internet, son action avait perdu plus de 99% de sa valeur entre son pic du 7 juin 2001, à 713,60 euros, et son plus bas historique du 11 août 2004, de 6,40 euros.

Avec le retour aux bénéfices et l'amélioration de sa rentabilité, le groupe a ensuite connu bien meilleure fortune. Sa marge opérationnelle est passée de 4% en 2001/2002 à 8,2% pour le dernier exercice. Dans le même temps, Alstom a renversé sa situation patrimoniale. Le groupe dispose désormais d'une trésorerie nette positive de plus de 2 milliards d'euros, contre un endettement net d'un montant équivalent à la fin de l'exercice 2001/2002.

Conséquence de cet assainissement, l'action Alstom a gagné plus de 70% sur les cinq dernières années, quand le CAC 40 a perdu près de 13% de sa valeur. Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes.