Bourse: gare à la correction!

Jocelyn Jovène

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La crise financière ? C'est bientôt de l'histoire ancienne. Vendredi, plusieurs grands indices boursiers avaient retrouvé leur niveau de novembre, traduisant un regain d'optimisme généralisé sur les marchés d'actifs risqués (actions, obligations d'entreprise…).

Pourtant, certains investisseurs craignent que ce rebond – 40% sur les actions depuis le plus bas de mars 2009 – n'ait été excessif et ne soit aujourd'hui plus tellement en ligne avec la réalité des résultats des entreprises. La hausse des marchés actions traduit avant tout le soulagement d'avoir évité l'effondrement du système financier à l'automne dernier, après la panique déclenchée par la faillite de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers.

Plusieurs observateurs estiment cependant que le montant des dettes contractées par les agents économiques reste colossal. Un mouvement de désendettement prendra des années et jouera dans le calendrier de la reprise économique. Fin 2007, le taux d'endettement des ménages américains était de 132%, selon la Réserve fédérale.

Mohamed El Erian, le directeur des investissements d'un des plus gros gestionnaires d'actifs au monde, PIMCO, a déclaré lundi à l'agence Reuters: "Si nous sommes dans un marché haussier pour les actions, il est peu probable que cela dure". Selon ce professionnel, le marché est alimenté par des facteurs de court terme réversibles, comme les programmes de liquidité de la Fed et les plans de relance.

"Compte tenu du niveau de désendettement qu'il reste à réaliser, on ne sait pas quelles composantes de la demande privée vont prendre le relais de la dépense publique pour tirer la croissance de l'emploi", prévient-t-il, estimant qu'il est " trop tôt pour parler de reprise durable".

Un sentiment partagé par Paul Tudor Jones, un gérant alternatif: "beaucoup de doutes demeurent sur la durabilité de la reprise, notamment la faiblesse de la croissance du revenu des ménages", écrit-il dans sa dernière lettre aux investisseurs, selon le blog Marketfolly.

Lundi, à Kuala Lumpur, le prix Nobel d'économie Paul Krugman a estimé que si l'on avait bien éliminé le risque de dépression, une reprise de l'économie mondiale n'est pas pour demain.

Au-delà des données macro-économiques, les résultats des entreprises sont encore loin d'avoir retrouvé le chemin de la croissance. Au cours du premier semestre, de nombreuses sociétés ont publié des résultats souvent supérieurs aux attentes des analystes. Mais ces bonnes surprises ont souvent été le résultat des mesures de réductions de coûts engagées dans les premières semaines de la crise financière.

"Le ratio cours sur bénéfice de l'indice Eurofirst 300 est passé de 6,4X à 12,7X. Pour que la hausse se poursuive, nous pensons qu'une croissance des résultats est nécessaire", constate Nick Nelson, stratégiste chez UBS, dans une note aux investisseurs.

Les facteurs techniques sont également annonciateurs d'une correction. Pour Alexandre de Trogoff, analyste chartiste chez Aurel BGC, le rebond engagé depuis mars arrive à son terme. "Le marché s'inscrit aujourd'hui dans les dernières étapes de ce puissant 'rallye de bear market' [rebond dans une phase baissière, NDLR]", prévient-il dans une note publiée lundi.

Selon l'agence Bloomberg, les traders sur options font de plus en plus le pari que la hausse actuelle des marchés s'arrêtera tout net en septembre. L'indice de volatilité, VIX, devrait augmenter de 13% au cours des cinq prochaines semaines. "C'est le plus gros écart depuis août 2008, juste avant que le S&P 500 [indice boursier américain, NDLR] n'enregistre sa plus forte baisse de deux mois, en 21 ans", rappelle Bloomberg.