Les subprimes en procès

Jocelyn Jovène

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Rien ne vas plus pour Angelo Mozilo et deux dirigeants de Countrywide Financial. A 70 ans, le fondateur de la société, reprise en 2008 par Bank of America, est accusé par la SEC, le gendarme de la Bourse américaine, d'avoir vendu des actions de sa société, alors que les risques au bilan de son entreprise ne cessaient d'augmenter avec le retournement du marché de l'immobilier. Outre Mozilo, l'ancien directeur des opérations David Sambol, et Erick Sieracki, l'ancien directeur financier, sont pointés du doigt par la SEC. Elle leur reproche dans un communiqué de presse d'avoir trompé les investisseurs.

Les avocats des parties incriminées ont rétorqué que l’entreprise avait correctement informé le marché. Pour Walter Brown, l'avocat chargé de David Sambol, "lancer des accusations sans fondement et perdre un procès ne va pas aider la SEC à redorer son blason".

Prêts à risques

Selon la SEC, plus de la moitié des prêts faits par Countrywide en 2006 ne respectaient pas les standards de l'industrie et étaient accordés à des personnes à risque. Le gendarme boursier estime que l'information des documents enregistrés entre 2005 et 2007 comportent des informations trompeuses. Countrywide aurait caché ces prises de risque croissantes, ce que les avocats de la firme et de ses dirigeants ont démenti.

La SEC cite plusieurs correspondances entre les personnes soupçonnés d'avoir mal agi. Dans un échange d'emails, Mozilo demande à Sambol de se débarrasser au plus vite d'un portefeuille de prêts de type "Option ARM". Ces prêts offrent un taux d'intérêt faible la première année, mais ce taux est révisable chaque année et peut fortement augmenter, augmentant le risque de défaut de la part de l'emprunteur – surtout si ce dernier a un profil à risque.

Pour la SEC, Mozilo était parfaitement au courant des risques pris et aurait utilisé cette information privilégiée pour vendre à temps ses actions et empocher de confortables plus-values. Dans des emails échangés avec d'autres responsables de Countrywide, le patron reconnaissait dès 2006 qu'il prenait de gros risques en distribuant des prêts "dans un environnement de fort chômage, de chute des prix et de baisse des ventes de maisons". "Il n'y a aucun moyen d'évaluer le risque réel de porter ces prêts sur notre bilan", ajoutait alors Angelo Mozilo.

Ventes d'actions

En pleine crise du subprime, Mozilo vendit des quantités très importantes d'actions, qu'il n'avait d'ailleurs pas achetées. Selon les déclarations faites aux autorités, il céda pour environ 129 millions de dollars d'actions entre août 2006 et août 2007, soit près du tiers des titres obtenus en 23 ans. En août 2007, le dirigeant détenait encore 1,4 million d'actions de sa société, soit 0,24% du capital, pour une valeur de 29,4 millions de dollars. A l'époque, le dirigeant avait justifié ces ventes comme une "diversification de son patrimoine" à l'approche de la retraite.

Créée en 1969 à New York par Angelo R. Mozilo, fils d'un boucher du Bronx, et David Loeb, le fondateur d'une banque spécialisée dans les prêts immobiliers à New York (décédé en 2003), Countrywide Financial Corporation était devenu en 2007 l'un des principaux courtiers de prêts immobiliers aux Etats-Unis, avec 500 milliards de prêts immobiliers, 62.000 employés et 900 agences. Rachetée une bouchée de pain par Bank of America, Countrywide Financial fut l'une des premières victimes de la crise des subprimes.