Le résultat net de BNP Paribas en baisse de 56% à 901 millions d'euros

Jocelyn Jovène

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Après la Société Générale qui a annoncé lundi des résultats en chute libre, BNP Paribas annonce ce mercredi 5 novembre un bénéfice de 901 millions d'euros pour le troisième trimestre 2008, en baisse de 55,6%. Les analystes sondés par l'agence Dow Jones tablaient en moyenne sur un résultat net de 1,09 milliard.

La banque ajoute dans un communiqué de presse que l'impact de la crise financière a été de 1,19 milliard d'euros durant le trimestre écoulé, soit légèrement plus que ce qui était prévu par le marché, "notamment du fait des monolines classés douteux, de la faillite de Lehman Brothers et des banques islandaises". A cette charge s'ajoutent 798 millions d'euros d'augmentation du coût du risque liée à la dégradation de la conjoncture économique - dans les activités de banque de financement et d'investissement (BFI), de crédit à la consommation en Espagne et dans les pays d'Europe de l'Est et chez la filiale américaine BancWest.

Au cours du trimestre écoulé, BNP Paribas a vu son produit net bancaire reculer de 1% de 7,61 milliards d'euros, tandis que son résultat brut d'exploitation diminuait de 2,2% à 2,98 milliards d'euros.

Le groupe bancaire estime néanmoins disposer d'un "bon positionnement relatif de ses portefeuilles de crédit dans leurs marchés respectifs grâce à la qualité et la diversité des clientèles d'entreprises, à des crédits immobiliers originés de façon conservatrice dans tous les marchés, ainsi qu'à une exposition modérée aux marchés émergents."Pour son directeur général, Baudoin Prot, BNP Paribas affiche une "bonne résistance dans la crise", "dans un environnement qui restera difficile."

Etre exemplaire

Au cours d'une conférence de presse, le dirigeant a estimé que sa banque avait à ce jour fait la preuve de sa résistance à la crise financière, qui mine depuis 15 mois maintenant les marchés financiers et prend aujourd'hui prise sur l'économie réelle.

Dans ce contexte, le recours aux 2,55 milliards de dette subordonnée émis par l'Etat doit permettre à la banque de continuer à financer l'économie réelle. "Nous souhaitons être un acteur exemplaire du plan du gouvernement français", a déclaré Baudoin Prot. BNP Paribas entend accroître de 4% son encours de crédit à l'économie, un objectif similaire à celui de Société Générale.

"Nous avons toujours fait attention à distribuer du crédit responsable et de qualité", a indiqué le dirigeant tout en précisant que le métier de distribution du crédit reste au coeur du métier d'une banque et qu'il ne peut, tout comme les moyens de paiement, être distribué par d'autres acteurs. Une plus grande attention sur ce point aurait sans doute permis d'éviter que des courtiers ne s'engouffrent dans la brèche des crédits à risque ou "subprime" aux Etats-Unis avec les conséquences que l'on observe aujourd'hui, a souligné Baudoin Prot.

Fin du risque systémique

Le patron de BNP Paribas a par ailleurs estimé que les mesures prises par les gouvernements et les banques centrales "sont de nature à mettre un terme au risque systémique pour les acteurs de taille significative" et qu'un événement du style de la faillite de Lehman Brothers ne devrait pas se reproduire.

"L'amélioration sur le front du marché interbancaire ne sera que progressive", a-t-il averti. La faillite de Lehman Brothers avait conduit à un blocage du marché monétaire et à l'arrêt des prêts entre banques à plus d'un jour. En l'absence d'une appréciation claire des risques dans les bilans des banques, les établissements financiers, ainsi que d'autres investisseurs institutionnels, se sont engagés dans un mouvement de fuite vers la qualité en cédant leurs actifs pour détenir des obligations du Trésor américain, considéré comme le placement le plus sûr.

Cette situation ayant des conséquences sur le financement de l'économie, la plupart des gouvernements sont intervenus pour apporter du capital et des garanties aux banques, avec l'objectif de relancer la machine à crédit.

Le métier de banquier aux banques

Interrogé sur les solutions à apporter à la crise actuelle, Baudoin Prot a mis en avant l'importance de "limiter le métier de banquier à des banques". Il a également souligné le fait que la réglementation bancaire de certains pays, dont celle de France, encadre plus strictement certaines activités financières qu'ailleurs dans le monde. Il a enfin suggéré que les autorités ayant en charge la supervision du système bancaire s'accordent sur des définitions standardisées, comme par exemple la définition des fonds propres des banques, laquelle peut varier d'un pays de l'Union européenne à l'autre.

"On se rend compte aujourd'hui que si dans un même pays des banques résistent différemment à la crise, c'est aussi dû aux différences de culture managériale. Les banques dont le comportement éthique et professionnel des dirigeants est proche du métier de financer l'économie réellle s'en sont mieux sorties que d'autres", a assuré Baudoin Prot.