Grippe A: la Chine développe son propre vaccin

J. Bx avec AFP

— 

La société pharmaceutique chinoise Sinovac a été choisie jeudi 3 septembre par Pékin pour mettre en production le premier vaccin chinois contre la grippe H1N1, un unidose, une opportunité pour cette jeune compagnie d'imposer son nom à l'étranger.

"Le vaccin H1N1 de Sinovac est officiellement approuvé", a déclaré lors d'une conférence de presse un responsable de l'Autorité de l'alimentation et des médicaments (SFDA). "On n'a pas découvert d'effets négatifs, il est sain et sûr", assure à l'AFP Yin Weidong, président de Sinovac, dans ses bureaux de Zhongguancun, un quartier de Pékin surnommé la "Silicon Valley" chinoise.

C'est ici que dès la mi-juin le laboratoire a commencé à produire en masse des vaccins unidose, cultivés dans des oeufs, alors que la plupart des experts ont jusqu'ici estimé qu'au moins deux doses seraient nécessaires pour protéger les populations du virus.

A la mi-août, Sinovac, créée en 2001, avait fait part de résultats positifs, en se basant sur les test cliniques auprès de plus de 1.600 personnes.

"Nous avons profité de l'expérience du virus de la grippe aviaire en 2004, ce qui nous a permis d'être prêts avec les recherches et la production et de travailler rapidement", dit Yin, symbole à 45 ans de cette Chine de l'innovation.

Le principal avantage du vaccin est qu'il est efficace dès la première inoculation, ce qui permet d'économiser des doses, alors que la production ne sera pas suffisante dans les mois qui viennent. "Pour un pays grand comme la Chine et avec une population aussi nombreuse, c'est d'une importance capitale", dit le patron de Sinovac.

Vacciner 5% de la population

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déjà prévenu qu'il n'y aurait pas assez de vaccins contre le virus qui a tué 2.185 personnes dans le monde, alors que l'hiver s'approche dans l'hémisphère nord. En Chine, pays le plus peuple de la planète avec 1,3 milliard d'habitants, le gouvernement prévoit de vacciner 5% de la population, soit 65 millions de personnes, d'ici la fin de l'année.

Yin Weidong refuse de s'engager dans les querelles d'experts sur la gravité de la pandémie et la nécessité ou pas de vacciner. "Chacun a son opinion, mais moi je m'occupe de faire des recherches sur les vaccins et de les produire, je dois me préparer au pire. S'il se produit nous serons prêts à donner le plus possible de vaccins en peu de temps".

Sa société a aussi participé aux recherches pour lutter contre le SRAS (pneumonie atypique), qui avait tué 800 personnes dans le monde, dont 349 en Chine. Une expérience qui explique, selon M. Yin, les derniers résultats, car son entreprise dispose d'infrastructures aux normes internationales, d'échanges réguliers avec les experts du monde entier et d'une équipe de 100 chercheurs, sur 400 employés.

Protéger le plus de gens possible

Il affirme ne pas se poser la question d'être parmi les premiers, alors que 25 laboratoires, dont les plus grands noms, travaillent également sur la production du vaccin. "Premier ou pas premier, ce n'est pas la question, il ne s'agit pas de décrocher une médaille d'or olympique. L'essentiel c'est qu'on puisse protéger le plus de gens possible dès la première inoculation", dit-il.

Sinovac, qui a réalisé sur les six premiers mois 20 millions de dollars de ventes (+21% sur un an), espère aussi se faire plus connaître à l'étranger. "La majorité de nos vaccins sont vendus en Chine, à plus de 90%. C'est un opportunité afin que plus de pays nous fassent confiance", affirme le président.

Pour Shuang Lewis, analyste du secteur pharmaceutique chinois chez IHS Global Insight, Sinovac "devrait également bénéficier à plus long terme de ce dernier développement, car cela ouvrira plus de possibilités pour des alliances avec des grands de la pharmacie dans le secteur des vaccins".

Et cette réussite est regardée avec bienveillance par les plus hautes autorités, qui misent sur l'innovation pour transformer l'économie chinoise.