Skype à l'heure de l'indépendance

Guillaume Guichard

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La start-up a gagné en maturité. A l'heure des séparations, il apparaît que les quatre ans passés au sein du géant eBay n'auront pas altéré la santé de Skype. Au contraire: c'est sous la tutelle du spécialiste des enchères que le service de téléphonie par internet a atteint le point de rentabilité. Et l'a dépassé.

En 2006, soit un an après son rachat, Skype a réalisé 195 millions de dollars de chiffres d'affaires, contre un petit 24 millions en 2005. En 2008, ses revenus s'élevaient à 551 millions de dollars et, sur les six premiers mois de l'année, les ventes de la filiale d'eBay ont généré 323 millions de dollars.

Pas de synergie

Le rachat en 2007 de Skype pour un total de 3,1 milliards de dollars "n'a certes jamais dégagé les synergies qu'eBay attendait, mais la société est aujourd'hui beaucoup plus forte et beaucoup plus rentable qu'avant", analyse Kevin Werbach, professeur de droit et d'éthique des affaires à l'université américaine Wharton, cité par Knowledge@Wharton.

Les résultats de Skype n'ont cessé de s'améliorer, mais ils restent minimes pour un service utilisé par 480,5 millions de personnes. Ce dernier chiffre fait de Skype le premier opérateur téléphonique au monde. Le revenu moyen par utilisateur est en effet complètement atrophique, à 11 cents par mois sur le premier semestre 2009.

Freemium

Pour une bonne raison: le modèle économique de Skype est fondé sur le principe du "freemium". Il attire les utilisateurs grâce à son service gratuit de téléphonie d'ordinateur à ordinateur. Puis compte les intéresser à ses offres payantes low cost d'appels vers un téléphone fixe ou mobile, entre autre.

Le service à très bas coûts SkypeOut, qui permet d'appeler des lignes fixes ou mobiles est d'ailleurs la principale source de revenus de Skype, d'après des documents remis à la SEC, le gendarme de la Bourse américain.

L'objectif principal des futurs actionnaires de Skype sera donc de trouver d'autres moyens de gagner plus de l'argent avec cette immense base d'utilisateurs.

Gros concurrents

Des solutions existent: Skype est loin d'avoir exploré tous les moyens de rentabiliser ses services. Le service de téléphonie pourrait ainsi développer ses offres en direction des entreprises. "En offrant des solutions de téléconférence et de vidéoconférence, il pourrait obtenir une plus grande part de marché", propose Saikat Chaudhuri, professeur de management à Wharton. En mars, la firme a lancé un programme à destination des professionnels, Skype for SIP.

Skype va devoir progresser rapidement. De nouveaux concurrents, et pas des moindres, sont arrivés récemment sur le marché. A commencer par Google avec Google Voice et Microsoft, qui a racheté en 2007 Tellme, une société spécialisée dans le développement d'applications téléphoniques. Ces nouveaux acteurs ont certes une base de clients bien plus petite que celle de Skype. Mais ils ont des moyens financiers considérablement supérieurs. Et Skype, maintenant, est seul.