Pfizer se renforce dans les génériques

Anne-Sophie Galliano

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Les grands laboratoires amorcent un virage vers les génériques. Pfizer vient d'annoncer le rachat des droits de 39 génériques aux Etats-Unis et 20 en Europe, dont 11 en France à Aurobindo, un groupe indien. Le géant américain va aussi lancer des génériques de ses propres médicaments à compter du 16 mars. Ces nouveaux produits seront intégrés dans sa division générique, dont le chiffre d'affaires atteint 10 milliards de dollars.

Pfizer montre ainsi sa volonté de remettre la main sur des médicaments dont le brevet a expiré. Cette stratégie ne permettra pas de compenser la perte de chiffre d'affaires, la perte du brevet du Lipitor, par exemple, va amputer de 80% les ventes générées par ce médicament en une seule année, soit plus de 9 milliards de dollars.

Mais Pfizer ne pouvait pas rester les bras croisés surtout avec l'arrivée d'Obama au pouvoir. En effet, le nouveau président américain veut mettre en place une assurance maladie universelle, ce qui passera forcément par une démocratisation du prix des médicaments, une porte ouverte aux génériques, dont les prix sont largement moins chers.

"Culturellement, les grands laboratoires ont eu du mal à se faire à l'idée de se lancer dans les génériques. Cela opposait deux modèles: le leur basé sur l'innovation et la R&D et celui des génériqueurs basé sur la production", explique Claude Allary, fondateur associé de Bionest. Mais les chiffres du secteur des génériques ont achevé de les convaincre: le marché pèse 270 milliards de dollars aujourd'hui, un niveau qui devrait monter jusqu'à 500 milliards de dollars dans les cinq prochaines années. "Les produits copiables représentent 30% de parts de marché à l'heure actuelle, une part qui va monter à 50% dans les années à venir", insiste Claude Allary.

Pfizer veut sa part du gâteau et accélère le mouvement. Côté européen, Novartis a investi ce marché depuis 10 ans et Sanofi Aventis, le Français, avance actuellement prudemment sur ce terrain, avec le rachat de Zentiva en Turquie. "Aujourd'hui, les laboratoires doivent avoir plusieurs pieds pour se développer, et les génériques en est un", conclut Claude Allary. Roche se démarque dans les biotechnologies et délaisse les génériques. Un choix qui pourrait peser sur le groupe à terme alors que Merck développe pour sa part des génériques issus des biotechnologies.