Le FMI prêt à s'engager pour les pays touchés par la crise

Thibaud Vadjoux

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"Certains pays pourraient avoir un problème de liquidités. Le Fonds est là, il a été créé pour cela. Nous sommes prêts à fournir aux différents pays qui le désireraient les liquidités dont ils ont besoin", a déclaré samedi 11 octobre le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Enfin! En pleine débâcle du système financier mondial, le FMI est paru particulièrement discret jusqu'à son assemblée générale, samedi.

Au-delà du soutien de principe apporté au plan d'action concocté la veille par les membres du G7, l'institution de Bretton Woods se dit prête à engager ses procédures d'urgence de financement. Et ce pour tous les pays membres, y compris les plus développés.

Pour lesquels? Avec quels montants? En dehors de l'Islande qui a déjà sollicité une aide d'urgence de 4 milliards d'euros à la Russie, tout reste à définir. "Un certain nombre de mesures seront adoptées dans les jours à venir dans les pays membres (…). L'événement le plus important de notre réunion étant l'engagement commun de tous les gouvernements pour mettre en place les mesures propres à résoudre la crise. C'est un message fort pour les marchés financiers", a déclaré M. Boutros¬ Ghali, le nouveau président du Conseil monétaire et financier international du FMI. Dans la zone euro, de la réunion des ministres des Finances à l'Elysée, dimanche 12 octobre, sortiront des réponses concrètes.

Les rennes sont donc plus entre les mains des gouvernements que du FMI. A part son rôle de surveillance des marchés et d'expertise macroéconomique, le FMI paraît disposer de moyens d'actions limités pour aider les pays industrialisés. D'une part, son budget ne lui permet pas de rivaliser avec un plan "Paulson". Actuellement, le fonds prête 17 milliards de dollars à 68 pays. Les Etats-Unis injectent plus de 700 milliards de dollars dans leur économie. D'autre part, même si le FMI apporte tout son soutient à une résolution coordonnée des Etats à la crise, ses attributions l'attachent d'abord à résoudre les crises de change et de dette. Or, aucun des pays du Nord, sauf l'Islande, ne connaissent de difficultés sérieuses de balance de paiement ou de financement de la dette.

Et maintenant les pays émergents

S'il semble peu armé pour aider les pays développés, le FMI peut en revanche apporter des solutions concrètes pour les pays émergents (pays asiatiques, Amérique latine, et Europe de l'Est) eux aussi confrontés à la crise. Mais la contagion de la crise à leur économie réelle pourrait s'avérer catastrophique pour la croissance mondiale qu'ils tirent. Ils devraient, en effet, constituer le seul moteur de croissance de l'économie en 2009 avec une hausse prévue du PIB à 6,1% contre 0,5% pour les pays riches.

Concrètement : ces pays sont très dépendants des capitaux étrangers et extrêmement sensibles aux aléas de la Bourse pour ceux qui ont mis en place des systèmes de retraites par capitalisation. Or, les intermédiaires financiers des pays riches, en quête de liquidités, risquent en effet de rapatrier massivement les capitaux investis dans ces pays. Ceci pourrait déboucher sur une crise de change et une augmentation du coût de la dette de ces pays. Le FMI serait alors prêt à intervenir comme l'a annoncé Strauss-Kahn.

Une promesse d'aide qui intervient un peu tard pour le ministre kényan des Finances, John Michuki. Ce dernier a vertement critiqué le FMI pour ne pas avoir appliqué plus de discipline sur les marchés et a stigmatisé le rôle des pays riches dans la crise. "Qui va dédommager les pays innocents qui vont probablement souffrir de cette débâcle ?", a-t-il lancé lors de la conférence de presse, samedi.

La situation est d'autant plus inquiétante qu'à la crise financière s'ajoutent les autres crises mondiales (alimentaire et énergétique). "Malgré la baisse récente des prix du pétrole et des produits de base, de nombreux pays, à proprement parler, les pays à faible revenus, ne pourront pas payer la facture" a réagit M. Ahmed, directeur des relations extérieures du FMI. "Nous sommes dans une grande crise mais n'oubliez pas les autres", a-t-il ajouté, en direction des pays qui ont promis une aide à la crise de la faim.