L'Eurogroupe prêt à garantir le financement des banques

Catherine Vincent avec AFP

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Les pays de la zone euro, réunis en sommet de crise dimanche 12 octobre à Paris, sont prêts à apporter leur garantie aux opérations de refinancement des banques jusqu'à la fin 2009, selon une déclaration commune publiée par l'Elysée, à l'issue de la rencontre de l'Eurogroupe qui se tenait à Paris.

Devant le danger que représente, pour l'économie réelle, un effondrement du système financier et bancaire, des mesures exceptionnelles s'imposent. Le ton est donné. La déclaration souligne "la nécessité pour la Commission (européenne) de continuer à agir rapidement et appliquer avec flexibilité des décisions en matière d'aides d'Etat tout en continuant à soutenir les principes du marché unique et du régime d'aides d'Etats". En d'autres termes, les règles strictes de la Commission dans ce domaine sont, pendant un temps, mises au placard même si les principes de sauvegarde d'une concurrence loyale demeurent. Le tout pour permettre l'application de "l'approche coordonnée".

Cette politique commune marque d'ailleurs de fait la naissance d'un gouvernement économique européen. "Même la BCE était au tempo (dimanche). C'est un point très positif pour la construction européenne et qui montre bien aussi qu'il est probablement nécessaire d'avoir un contrepoids à la Banque centrale européenne. On laisse la BCE faire son boulot, et elle le fait plutôt bien, mais il est nécessaire d'avoir un contrepoids", a expliqué à Reuters Philippe Waechter, directeur de la Recherche économique chez Natixis Asset Management.

Débloquer le marché interbancaire

Pour l'Eurogroupe, la première priorité est aujourd'hui de débloquer le marché interbancaire, via un système de garanties étatiques. Par peur des faillites, les banques ne se prêtent plus entre elles. Celles qui ne trouvent pas les fonds nécessaires pour équilibrer leurs comptes peuvent très rapidement se retrouver en difficulté, comme cela s'est produit pour plusieurs établissements européens. Faute de refinancement, elles gèlent les crédits aux particuliers et aux entreprises, menaçant ainsi l'ensemble de l'économie et du système financier. Est donc apportée une garantie aux prêts interbancaires. Les garanties d'Etat seront "payantes" pour les institutions bancaires, rémunérées selon les taux du marché, a précisé dimanche Sarkozy.

Les Quinze se sont également engagés à empêcher leurs banques les plus importantes de faire faillite, notamment en procédant à des opérations de recapitalisation. Aucun montant global n'a été annoncé pour ce plan, mais l'Allemagne, la France, l'Italie "et d'autres" pays présenteront lundi 13 octobre après-midi de façon "simultanée" les détails de leurs programmes de sauvetage, a déclaré Sarkozy. Pour lui, "le temps des décisions chiffrées, c'est demain" (lundi 13 octobre). Toutes les décisions seront "efficientes avant la fin de la semaine", a-t-il promis.

"Nous avons adopté une boîte à outils à la disposition des Etats membres", a expliqué le président de l'Eurogroupe, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. "Nous n'avons pas le droit d'échouer et nous n'échouerons pas", a-t-il assuré. Le plan "traite de toutes les dimensions de la crise", s'est félicité Nicolas Sarkozy.

Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a aussitôt apporté son soutien au plan de l'Eurogroupe. Le FMI "a demandé des actions concertées, et le fait que les pays de la zone euro viennent de s'entendre sur un tel plan est très bien", a déclaré Strauss-Kahn au cours d'une conférence de presse à Washington, lors des assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale.

"Non seulement cette action est coordonnée, mais elle va également dans les détails. Nous avions déjà des détails dans le plan américain, appelé plan Paulson. Nous avions des détails dans le plan du Royaume-Uni, et à l'évidence nous avons des détails dans le plan de la zone euro", a estimé Strauss-Kahn. "Je pense que nous avons maintenant une réponse complète à la crise, et je pense que le marché va refléter cela", a-t-il déclaré.

Les décisions de l'Eurogroupe étaient attendues avec impatience par les marchés, alors que les grandes Bourses viennent de connaître la pire semaine de leur histoire.

Convaincre les Etats-Unis de refonder le système financier

Au-delà du plan d'action, qui sera soumis mercredi et jeudi à Bruxelles aux chefs d'Etat et de gouvernement des 27 pays de l'UE, les Européens veulent convaincre les Etats-Unis d'entreprendre une refondation du système financier. "Nous irons convaincre nos amis américains de la nécessité d'un sommet international pour refonder le système financier international", a déclaré Sarkozy.

Semblant aller dans le même sens, le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, intervenant à Washington aux côtés de Dominique Strauss-Kahn, a déclaré qu'il était nécessaire de "bâtir un meilleur système pour l'avenir".

"Nous avons besoin d'une action concertée maintenant", a-t-il déclaré, "non seulement pour faire face à cette crise, mais pour mettre en place une nouvelle architecture, de nouvelles normes et une nouvelle surveillance pour nous assurer que cette crise n'arrive plus jamais".

Le Premier ministre britannique Gordon Brown a déclaré qu'il croyait en un retour de la confiance dans le système financier "dans les prochains jours". Brown, dont le pays ne fait pas partie de la zone euro, avait été invité à Paris afin d'expliquer la démarche de la Grande-Bretagne pour contrer la crise devant les membres de l'Eurogroupe, dont les mesures s'inspirent du plan de sauvetage britannique. Outre l'entrée de l'Etat au capital des banques (pour un montant allant jusqu'à 50 milliards de livres au total), ce plan prévoit une garantie des prêts interbancaires à hauteur de 250 milliards de livres et des injections de liquidités de 200 milliards de livres.

Vendredi, les sept grands pays industrialisés (G7: Etats-Unis, Allemagne, Japon, Grande-Bretagne, Canada, France et Italie) avaient décidé d'agir pour débloquer les marchés monétaires, permettre aux banques de lever des capitaux auprès des secteurs public et privé afin d'éviter les faillites et déverrouiller le marché du crédit immobilier.

Partout dans le monde, les gouvernements s'efforcent de rassurer épargnants et investisseurs. Après l'Australie, les Emirats arabes unis ont garanti les dépôts dans les banques locales.