Nucléaire: L'énergie du futur est sur la Lune

Thibaud Vadjoux

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L'hélium-3 est une solution évoquée par certains scientifiques pour faire face au défi énergétique mondial. Le sous-sol lunaire dispose en effet d'énormes quantités de cet atome d'hélium qui pourrait être utilisé comme carburant des nouvelles générations de centrales nucléaires à fusion contrôlée. Celles-ci sont censées remplacer les centrales à fission traditionnelles.

Vieilles lunes

L'hélium-3, en abondance sur la Lune mais infiniment rare sur Terre, fait rêver par les possibilités qu'il ouvre: une réaction nucléaire nettement plus productive en énergie et ne produisant aucun déchet nucléaire.

Sauf que cette nouvelle technologie est encore au stade de balbutiement. D'une part, le seul projet international de centrale à fusion (ITER) est en cours de construction à Cadarache dans le sud de la France. D'autre part, dans ce type de réacteur, ce sont des atomes de deuterium (D) et de triterium (T) qui seront fusionnés. L'hélium-3 n'est pas encore utilisable pour la fusion à grande échelle.

Enfin, la perspective d'exploiter des mines d'hélium-3 sur la Lune et d'assurer leur transport jusqu'à la terre semble encore relever de la science-fiction. Les coûts seraient exorbitants.

Premières explorations

Pourtant, le sujet éveille l'intérêt des grandes nations (Etats-Unis, Russie, Chine) qui ont toute déclaré officiellement la mise en place de projet d'étude et d'exploration de cette ressource. La Chine qui s'est lancée dans l'exploration spatiale en 2007 avec sa première sonde Chang'e-1, s'est fixé, en partie, pour objectif d'étudier les ressources d'hélium-3 sur la Lune.

La Lune renfermerait 100.000 tonnes d'hélium-3 selon les premières informations tirées de la sonde chinoise. Des chercheurs américains, défenseurs de cette nouvelle énergie (Kulcinski et Schmitt) évoquent, quant à eux, un eldorado de l'ordre de 1 million de tonnes d'hélium-3 dans le sol lunaire. 25 tonnes d'hélium, ramenées à bord d'une navette cargo, permettraient de satisfaire la demande en énergie des Etats-Unis pendant un an. Sur Terre, on compterait seulement 500 kilo d'hélium-3.

La Russie et les Etats-Unis ont également fait part officiellement de leur intérêt pour cette manne des étoiles. L'implantation de bases lunaires des trois nations est annoncée à partir de 2020. Pourrait ensuite être envisagée la réalisation de ces carrières de Lune.

Mais beaucoup de "si" entourent la réalisation de ces projets. Le dernier, et non le moindre, serait de revoir le Traité international de l'espace de l'ONU qui fait de "l'exploration et de l'espace, y compris la Lune, l'apanage de l’humanité tout entière". Il interdit de fait toutes concessions de propriété ou projets militaires. Si la Lune n'est pas encore à vendre, les plus motivés trouvent toujours des solutions.