Les banques allemandes en première ligne

Julien Beauvieux

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Hormis les banques anglo-saxonnes, les établissements financiers allemands ont été parmi les plus touchés par la crise financière. Englués dans les produits toxiques venus des Etats-Unis, ils pourraient selon les observateurs payer leur exposition élevée aux pays d'Europe de l'est, jusque là considérés comme les moteurs de la croissance de l'Union européenne.

L'Etat allemand a été particulièrement sollicité depuis la faillite de Lehman Brothers et l'aggravation de la crise économique et financière. Les autorités sont notamment montées au capital de l'ancienne star de la cote allemande Deutsche Bank (via Deutsche Post), qui a pris le contrôle de Postbank, et de Commerzbank, qui a avalé sa concurrente Dresdner Bank. Malgré des aides de plus de 100 milliards d'euros, les autorités ont également dû nationaliser la banque immobilière Hypo Real Estate (HRE).

Cette dernière opération symbolise le retour de bâton d'une diversification à outrance, qui a conduit de nombreux établissements allemands à aller chercher sur d'autres marchés, notamment les plus juteux et les plus risqués, de nouvelles sources de profit.

Après avoir tardivement reconnu son exposition à l'effondrement des "subprime" américains, HRE a ainsi connu une crise de liquidité sans précédent en septembre dernier à la suite des déboires de sa filiale germano-irlandaise Depfa, spécialisée dans le financement de projets d'infrastructures.

A l'inverse des Etats-Unis, où les banques ont révélé plus rapidement leurs problèmes, les banques européennes ont été beaucoup lentes à clarifier l'ampleur des créances douteuses contenues dans leur bilan, avec dans certains cas une information bien moins complète qu'outre-Atlantique. Les données compilées par Bloomberg montrent que les banques européennes ont pour l'instant enregistré 185 milliards d'euros de dépréciations en 2008. Et, selon Nomura, le "pire reste à venir", les banques européennes n'ayant fait que combler les trous déjà mis à jour en se recapitalisant. Les analystes de la banque estiment à environ 200 milliards d'euros les besoins supplémentaires en capitaux.

Parmi les périls à venir figure l'exposition aux pays d'Europe de l'est. Selon Fitch Ratings, les banques allemandes sont les plus exposées à ces pays derrière les banques autrichiennes, avec plus de 200 milliards de dollars de créances. Les anciens pays du bloc communistes devraient encaisser une baisse de 3,1% de leur PIB en 2009 en moyenne, après une croissance de 4% l'an dernier.

La raison de cette forte présence tient au statut d'exportateur de l'Allemagne, qui a joué depuis le début des années 90 un rôle de financement commercial. "Les banques allemandes ont fait face à une demande modeste et stagnante de prêts sur leur marché domestique lors de la décennie écoulée", note par ailleurs l'agence de notation. Parmi les établissements potentiellement les plus touchés, l'agence recense notamment Commerzbank, implantée en Pologne et en Ukraine, et la banque régionale BayernLB, très impliquée en Hongrie, en Roumanie et en Bulgarie.

Autant dire qu'en cas de nouvelle dégradation de la conjoncture de ces pays, particulièrement fragiles économiquement, de nombreuses provisions pour créances douteuses devront être comptabilisées. Signe de l'inquiétude qui monte à l'est, la Pologne a récemment demandé une ligne de crédit modulable au FMI pour faire face à la récession économique mondiale.