Google, ce fils de pub

Guillaume Guichard

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Google est un monomaniaque. Au premier trimestre 2009, 98% de ses revenus provenaient de la publicité, soit 5 milliards de dollars. Le fruit de ses autres activités, dont l'exploitation de licences, n'a rapporté que 99,5 millions de dollars.

Cette dépendance à la publicité pourrait être inquiétante en temps de crise économique. En effet, dans un contexte économique, le premier réflexe d'une entreprise est de limiter ses investissements publicitaires afin de sauver de la trésorerie. Google a d'ailleurs senti les effets de cette stratégie très répandue. Ses revenus publicitaires ont baissé de 3% par rapport au quatrième trimestre 2008.

"Si les résultats de Google montrent que le géant n'est pas immunisé contre les effets de la récession qui touche le marché publicitaire, il fait preuve d'une bien plus grande résistance que la plupart de ses concurrents", avance Andrew Franck, analyste chez Gartner. Plusieurs raisons à cela. D'abord, Google profite du dynamisme du marché publicitaire sur internet. Malgré la récession, la publicité en ligne devrait connaître "une croissance mondiale à deux chiffres en 2009", selon ZenithOptimedia (groupe Publicis).

De plus, Google aborde la crise en position de force. D'après une étude d'Attributor publiée en décembre, la firme de Mountain View détient 56,5% de part de marché via ses deux services publicitaires, DoubleClick et AdSense. Cette domination devrait même se renforcer en temps de crise car les annonceurs, disposant de budgets plus limités, se tournent vers les acteurs reconnus du marché.

Surtout que Google a beaucoup plus à apporter à ses clients qu'un simple support publicitaire. "Comme le répètent ses dirigeants, les annonceurs ont tendance à voir en Google un canal de distribution, pas seulement un support publicitaire", explique Andrew Franck. Et ce, notamment grâce à son système de publicité contextuelle. Lorsque vous faites une requête sur le moteur de recherche, ce dernier reconnaît les mots-clefs et affiche des publicités correspondant à votre demande et vous dirige donc vers les produits que vous recherchez. En cela, il endosse le rôle d'un distributeur.

Malgré cet avantage concurrentiel et sa position ultra-dominante sur le marché, Google se diversifie en lançant des produits sans lien direct avec la publicité, comme Google Voice sur mobiles, ou encore Androïd. Ces annonces engendrent un buzz considérable sur le web. Mais, personne n'est dupe, ce n'est pas de sitôt que ces activités modifieront la structure du chiffre d'affaire du moteur de recherche.

Heureusement diront certains. Car, "si la diversification de ses sources de revenus est habituellement une bonne stratégie, je pense qu'il est sage de la part de Google de se concentrer, vu les circonstances actuelles, sur des opportunités plus sûres, en lien avec les domaines qu'il maîtrise", affirme Andrew Franck. A savoir la pub. Encore et toujours.