Comment le H1N1 pourrait gripper l'économie

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Le taux de mortalité de la grippe A est peut-être inférieur à celui de la grippe saisonnière, mais la vitesse de propagation est inquiétante… pour l'économie. "Le scénario officiel établi par les autorités américaines prévoit un coût pour l'économie représentant 0,9% du PIB sur une base annuelle", préviennent dans une note les économistes de Natixis.

"Pour l'instant le coût pour l'économie du virus H1N1 est marginal (0,002% du PIB mondial)", estiment-ils. Mais "l'ampleur de l'épidémie est imprévisible", ajoutent-ils. Dans ce contexte, la banque tente d'établir quelles seraient les conséquences économiques d'une pandémie mondiale de H1N1.

Effet évident, la pandémie devrait d'abord faire exploser les taux d'absentéisme. Les autorités américaines tablent sur 49% d'absents au bout de six semaines, puis une redescente progressive à 35%. A comparer avec des taux habituels de 2,2%... Ces chiffres concernant les Etats-Unis peuvent être extrapolés à l'Europe.

Des open-space et des magasins vidés de leurs employés… cela n'est pas sans effet sur l'économie. "La hausse de l'absentéisme jusqu'à 42% (49% puis 35%) sur un trimestre, comparé à un taux normal de 2,2%, implique une chute de 28% de la contribution du facteur travail à la production américaine", détaillent les économistes.

Croissance ralentie

Ce premier choc de l'absentéisme "devrait entraîner un déclin des échanges commerciaux qui affectera les ventes de détail (commerces, supermarchés, ndlr) et le secteur du tourisme en particulier", note Natixis. Cette baisse d'activité devrait, d'après ce qui a pu être observé durant l'épidémie de SRAS en Asie et au Canada, durer deux trimestres. D'après les estimations officielles, la grippe aviaire a provoqué un ralentissement de la croissance de 2,6% à Hong Kong, de 1% en Chine et de 0,6% au Canada.

"Dans le meilleur des cas, la baisse d'activité sera temporaire", les malades retournant au travail après guérison, relève Natixis. L'effet ne serait permanent sur l'économie "que si le virus tuait les personnes contaminées". Ce qui ne semble pas être le cas pour le H1N1, le taux de mortalité étant faible.

Hausse de l'inflation

En amont du pic de la pandémie, les prix devraient s'envoler "sous l'effet des consommateurs constituant des stocks de nourriture pour être auto-suffisants" pendant la période critique, expliquent les analystes de Natixis. Mais la chute des échanges commerciaux devraient rapidement contrebalancer cet effet en provoquant un effet déflationniste, estiment-ils.

Comme dans le cas du SRAS, la pandémie de grippe A devrait entraîner "une fuite vers la qualité" sur les marchés financiers", expliquent les économistes de la banque. Conséquence, l'or, valeur refuge, devrait prendre de la valeur. Durant la crise du SRAS, il avait gagné 15%. Les places financières des pays les plus touchés devraient en revanche souffrir avant de remonter dans les six mois, d'après l'exemple du SRAS.

Marchés émergents

Mais au final, ce sont les pays émergents qui devraient le plus souffrir en cas de pandémie mondiale. D'abord, le virus devrait s'y répandre plus facilement, à cause de systèmes de santé moins performants que dans les pays développés. Ensuite, "les grands groupes pharmaceutiques sont concentrés dans les pays occidentaux. Il n'est donc pas impossible que les gouvernements limitent les exportations de vaccin vers des pays tiers en cas de grave crise sanitaire", soulignent les économistes de Natixis.

Le pire pour les pays en voie de développement pourrait être, cependant, le tarissement des sources de crédit entraîné par le ralentissement des échanges sur les places financières internationales et la fuite vers la qualité des investisseurs.