Les entreprises face à la pandémie de grippe

Guillaume Guichard

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Les entreprises doivent se préparer à une possible vague de grippe à la rentrée. Les autorités sanitaires redoutent que la diffusion du virus H1N1, peu dangereux mais très contagieux, s'accélère à la faveur de l'automne. L'entourage de Roselyne Bachelot table sur des scénarios évoquant jusqu'à 20 millions de malades, contre 2,5 à 4 millions pour une grippe saisonnière.

"Les précédents historiques [de pandémie] montrent que des pourcentages d'absence de l’ordre de 50 à 60%, toutes causes confondues, sont ponctuellement plausibles sur des effectifs de l’ordre de la centaine de personnes (…); ils pourront être envisagés dans les plans sur une durée maximum de 2 semaines", préviennent les autorités sanitaires dans la "fiche G1" indiquant la marche à suivre aux entreprises.

Défaillance des sous-traitants

Outre la diminution des effectifs, les entreprises doivent se préparer "à l'indisponibilité simultanée de plusieurs dirigeants", à la dégradation de services comme l'énergie et les communications, à "la perturbation des circuits financiers", ou encore à "la défaillance de fournisseurs et de sous-traitants", préviennent les autorités sanitaires.

Dans le secteur bancaire, par exemple, une pandémie poserait de gros problèmes concernant l'approvisionnement des distributeurs automatiques de billet et l'ouverture des guichets, comme le montre un exercice de simulation américain. Et ces services sont cruciaux au bon fonctionnement de l'économie.

Travailler dans des circonstances de pandémie ne s'improvise pas. Les autorités sanitaires ont donc demandé aux sociétés de préparer des "plans de continuation de l'activité". L'objectif? "Concilier la continuité des activités du secteur privé (…), et la protection de la santé des salariés", est-il expliqué dans la fiche d'information.

"Les entreprises doivent s’interroger le plus en amont possible sur les fonctions et les postes indispensables à leur fonctionnement", conseille la circulaire relative à la continuité de l'activité des entreprises en cas de pandémie grippale. "Pour ces postes, il convient de vérifier les polyvalences possibles ou à mettre en place, de prévoir et d’organiser lorsque cela est possible le recours au travail à distance, dont le télétravail".

Cellule de veille

Les entreprises ont-elles pris des mesures préventives? Dans la grande distribution, secteur clé, "une cellule de veille a été mise en place et un document a été réalisé sur les mesures à prendre", se contente-t-on d'indiquer à la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution. Un seul exercice de simulation semble avoir été organisé en France, dans un Intermarché de Grigny, dans la région lyonnaise.

Chez Renault, on indique qu'un plan est en cours de préparation. "Nous avons mis en place deux volets", explique un porte-parole du groupe. "D'abord, nous assurerons la sécurité sanitaire de tous les salariés, en donnant des consignes sanitaires de base et en distribuant masques et lingettes hydro-alcoolisées".

Risque de récession

Du point de vue de la bonne marche de l'entreprise, la tâche est plus ardue. "Une entreprise internationale comme la nôtre mène des activités aux quatre coins du monde et l'impact ne sera pas le même dans toutes les régions, selon que tel gouvernement suspend les transports et tel autre ferme les écoles", explique le porte-parole. Le plan de continuation de l'activité "est en train de se construire", et devrait être prêt en septembre.

En cas d'impréparation, les conséquences de la pandémie sur l'économie pourraient être graves. Déjà, des chercheurs britanniques ont estimé que la progression de la pandémie pourrait saper les chances d'une reprise de l'économie mondiale cet automne, et la plonger dans une phase de déflation.