Tata va devoir convaincre sur le niveau de sécurité de sa Nano

Anne-Sophie Galliano

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La Nano débarquera en 2011 en Europe. Son prix est alléchant: 5.000 euros, soit 2.500 euros de moins que la Logan de Dacia (Renault) dont le prix d'appel est à 7.500 euros. Le défi que veut relever le constructeur indien, Tata, est de taille. Surtout sur un secteur où la sécurité est primordiale, du moins en Europe. Et sans confiance, les consommateurs n'achètent pas. L'exemple le plus récent: le Landwind de Jiangling, un 4x4, au prix d'appel de 17.000 euros, ce qui est peu onéreux pour cette gamme. Le marché était preneur, jusqu'au crash test réalisé sur la voiture. Les résultats, extrêmement mauvais, ont signé la mort clinique du véhicule en Europe.

Peut-il en être de même pour la Nano? Pour l'heure, aucun crash test n'a été effectué sur la petite voiture compacte, confirme l'association indépendante EuroNCAP. Mais certains observateurs doutent de la capacité de cette voiture à les passer, malgré l'assurance du constructeur indien de mettre des équipements respectant les normes européennes en matière de sécurité. "C'est un kinder surprise avec un moteur de trottinette", plaisante Frédéric Fréry, professeur à l'ESCP-EAP. Et même si la Nano passe honorablement les tests, reste à Tata à convaincre les Européens. "Les consommateurs n'ont jamais plaisanté avec la sécurité. D'ailleurs, les voitures low cost, comme la Lada ou l'ancienne Skoda sont restés sur des marchés très limités", explique le professeur de stratégie.

Seul Renault est arrivé à imposer sa Logan. "La Logan a profité de l'image de Renault, ce qui a rassuré les consommateurs sur le niveau de sécurité de cette voiture", poursuit Frédéric Fréry. Outre, le fait, que le crash test réalisé par EuroNCAP est correct: trois étoiles pour les adultes et trois étoiles pour les enfants.

Tata va aussi être confronté à un problème de distribution. Propriétaire de Jaguar, il peut difficilement profiter des concessions de cette marque de luxe pour distribuer la Nano. Une solution pourrait-elle être trouvée du côté des distributeurs? Leclerc s'était lancé en 2003 dans la vente de voiture importées et a fait machine arrière, pour finalement ouvrir des Auto Leclerc pour l'entretien et l'équipement des voitures. Il faut avouer que le modèle économique n'est pas le même. Les distributeurs misent sur le turn over rapide des produits, et un parc de voiture immobilise au moins 200.000 euros. Mais avec la Nano à 5.000 euros, le coût pourrait être moins élevé.

Tata peut également commercialiser sa Nano sur le net. Et pour les consommateurs, il restera à trouver un garagiste qui pourra disposer des pièces détachées. Sans compter sur la revente du véhicule. Un coût d'utilisation pour les consommateurs qui ne semble pas très favorable. A Tata de convaincre.