Voiture verte: "le client écopera d'une partie de la facture"

Guillaume Guichard

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La Commission européenne s'est dite favorable à l'octroi de prêts à taux préférentiels aux constructeurs automobile pour les aider à développer des véhicules moins polluants. François Jaumain, associé spécialiste des questions environnementales chez PricewaterhouseCooper, revient pour E24 sur les problèmes de financement de la voiture verte.

Pourquoi les constructeurs demandent-ils 40 milliards d'euros d'aide à l'UE?

L'association des constructeurs automobiles européens (ACEA) a estimé que le surcoût lié à l'application des nouveaux objectifs européens de réduction des émissions de CO2 des véhicules pour 2012 représente, en moyenne, 3.650 euros par véhicule. Prenons un exemple. La gamme de PSA émet à 140 grammes de CO2/km en moyenne. Le constructeur doit descendre à 120. 20 grammes: cela représente un effort colossal quand on sait qu'il est très difficile d'économiser le moindre gramme de CO2, le principal levier étant au niveau du moteur.

Et puis, le calendrier de baisse des émissions de CO2 pour 2012 fixé par l'Union européenne (UE) est très resserré. Les constructeurs le jugent d'ailleurs peu réaliste: dans l'automobile, 2012, c'est déjà demain! Le temps est un facteur très important dans ce secteur, où les programmes de développement sont longs, donc coûteux. Et la crise économique n'arrange rien…

En conséquence, comment sera financée la voiture verte?

Les constructeurs vont devoir accepter de prendre en charge une grande partie de ce surcoût de 3.650 euros. Ils devront pour cela réaliser des efforts de productivité supplémentaires. En amont, les équipementiers, qui seront obligés d'adapter leurs produits vu les objectifs de Bruxelles, absorberont une partie de ce coût.

En aval, le consommateur lui-même écopera d'une partie de la facture. Son intérêt à financer l'achat d'une voiture verte sera néanmoins proportionnel au niveau du prix du baril. Le surcoût sera d'autant mieux accepté que le prix du plein sera élevé.

In fine, les pouvoirs publics devront jouer le rôle de variable d'ajustement. C'est tout de même eux qui fixent les objectifs! Ils devront à la fois aider les constructeurs en difficulté à investir et inciter les clients à se tourner vers la voiture verte, grâce à des primes à l'achat.

Les normes représentent-elles un avantage à long terme?

Si vous posez cette question à un constructeur, il va s'étouffer! Pour lui, c'est d'abord un obstacle.

Mais pour les Indiens et les Chinois, c'en est un encore plus grand. La nouvelle réglementation sur les émissions polluantes représente une véritable barrière qui leur rend beaucoup plus difficile à terme l'accès au marché européen.

A plus long terme, il est certain que les constructeurs européens vont aussi acquérir un leadership important dans les technologies vertes. Or, les pays émergents, pas forcément des modèle de croissance verte, vont devoir durcir leur législation. A ce moment-là, les Européens disposeront déjà d'une offre de voitures vertes pour investir ces marchés.