Automobile: l'unité syndicale?

Marion Lippmann

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Environ 3.000 manifestants répondaient ce matin à l'appel des fédérations CGT de la métallurgie et du caoutchouc/plasturgie. Une manifestation initiée au départ par les salariés de Goodyear à Amiens et d'autres sections locales de la CGT et à laquelle plusieurs partis de gauche sont venus se greffer. La plupart des salariés présents étaient issus d'entreprises frappées par des fermetures de sites et des centaines de suppressions d'emplois ces derniers mois: Goodyear, Continental, Valeo, New Fabris, Freescale, Renault, Ford, Michelin et d'autres. Ils étaient là pour dénoncer "la logique financière" des groupes et les licenciements qui en résultent selon eux.

Plusieurs personnalités politiques représentant les différentes factions de la gauche étaient également présentes, parmi lesquelles Cécile Duflot (verts), Jean Luc Mélenchon (Parti de Gauche), Olivier Besancenot (NPA), Arnaud Montebourg, (PS), Maxime Gremetz (PCF).

Les mots d'ordre de la manifestation étaient clairs: rassemblement, unité, entraide. Des notions qui manquent cruellement aux mouvements syndicaux français, selon de nombreux participants. Beaucoup assuraient que cette mobilisation avait été imposée par la base, mécontente des choix stratégiques des confédérations et des directions syndicales.

Un groupe de retraités portant les couleurs de la CGT expliquent: "nous sommes là pour l'emploi, les salaires, les retraites. Pour que chacun puisse vivre dignement dans ce pays. Les travailleurs ont la rage, mais nous regrettons beaucoup le manque de coordination des luttes. Nous devons nous battre ensemble pour être entendus."

"C'est la première manifestation nationale mise sur pied par la base des secteurs en lutte ", se félicite un militant NPA syndiqué à la CGT. Il exprime son opposition à la confédération CGT, qu'il qualifie de "syndicat d'accompagnement". "Bernard Thibault et tous les autres sont corrompus. Ils sont absents des négociations importantes. Aucune des confédérations n'a de cahier revendicatif, ce sont des mobilisations d'arrière garde. On devrait suivre l'exemple des luttes en Guadeloupe: leurs exigences sont claires, les mouvements sont coordonnés et donc efficaces."

Bernard Thibault n'a pas participé à la manifestation ce matin. A en croire ses propos, recueillis hier par Les Echos, il n'est pas opposé au principe de l'intersyndicale, qui selon lui "encourage les mobilisations dans les entreprises, elle crée une dynamique." Il estime également qu'on "attend peut-être trop du syndicalisme : compte tenu de l'état de la gauche, certains voudraient que nous nous substituions aux partis politiques pour incarner l'alternance. Ce n'est pas notre rôle."

Très remonté, un ouvrier de Valeo Nevers, équipementier automobile, explique pourquoi il ne porte pas les couleurs de la CFDT, dont il avoue être membre: "ils nous ont interdits de venir à la manifestation". Pourtant, il est venu quand même. "Pendant la crise, certaines personnes s'enrichissent pendant que d'autres crèvent. Les groupes automobiles ont utilisé l'argent du contribuable pour délocaliser la production vers les pays de l'Est. A ce jour, la direction a viré environ 100 salariés sur notre site, qui en compte 650 au total. Ils ont rembauchés ensuite 40 intérimaires: ils produisent de la précarité! Nous sommes terrorisés à l'idée de perdre nos emplois." Le plus grave, selon lui, c'est l'inaction des syndicats: "on ne les entends pas. On fini par se demander si ils ne sont pas complices de tout ça…"

Du côté des confédérations et des personnalités politiques, les discours félicitent l'action et l'unité syndicale qui préside à cette manifestation. Arnaud Montebourg, secrétaire national du PS à la rénovation, dénonce "la criminalisation du mouvement syndical". "La main de la justice (…) est extrêmement lourde et violente" envers les syndicalistes, ajoute Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts.

Olivier Besançenot, porte-parole du NPA, se réjouit qu'une résistance contre les licenciements ait pris forme. "Contre un gouvernement qui veut diviser pour mieux régner, le chemin des convergence des luttes et des résistances débute et c'est un encouragement fantastique. Que le rassemblement soit devant la Place de la Bourse est très symbolique: la crise n'est pas la même pour tout le monde!"

Lorsque l'on demande à l'ouvrier Valeo s'il a confiance en l'avenir, il répond avec un sourire forcé: "52% des français trouvent que Sarko a bien géré la crise. Alors non, je ne suis pas confiant!"