Report d'une réunion ministérielle de l'OMC en raison de dissensions

E24 avec AFP

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Le directeur général de l'OMC Pascal Lamy a décidé de repousser d'une semaine, du 17 au 19 décembre, une éventuelle réunion ministérielle destinée à trouver une issue au cycle de Doha sur la libéralisation des échanges en raison de dissensions persistantes entre les pays membres, a-t-il indiqué dans une lettre envoyée aux négociateurs.

Pascal Lamy a pris cette décision à l'issue d'une réunion de plus de deux heures avec une trentaine de représentants de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour faire le point sur les textes de compromis sur les dossiers de l'agriculture et des produits industriels, publiés ce week-end et censés servir de base à des négociations menées au plus haut niveau.

Trois sujets sont apparus particulièrement délicats durant cette rencontre, demandant de plus amples discussions, a reconnu le directeur de l'OMC dans une missive envoyée dans la soirée aux chefs de délégations de l'organisation et communiquée à la presse.

Coton SSM et initiative sectorielle

"Je crois qu'il y a trois domaines, l'initiative sectorielle, le SSM (mécanisme de sauvegarde spécial) ainsi que le coton, qui nécessitent un sérieux test politique avant que nous puissions convenir d'une réunion ministérielle", a-t-il expliqué.

L'initiative sectorielle, voulue notamment Washington, porte sur l'élimination à terme des droits de douane sur 14 produits industriels, tandis que le mécanisme de sauvegarde spécial est destiné à protéger les paysans des pays en développement d'une augmentation abrupte des flux d'importation. Ce sujet, opposant l'Inde et les Etats-Unis, a été à l'origine de l'échec de la dernière ministérielle de juillet.

Nouvelles consultations

"Sans avancée sur ces trois sujets, nous ne serons pas en mesure de fixer les modalités [les données chiffrées] sur l'ensemble des textes", a prévenu le Français justifiant sa décision de reporter d'une semaine l'éventuelle réunion ministérielle qu'il pensait initialement convoquer du 13 au 15 décembre. D'ici là, il a prévu de nouvelles consultations.

"En fonction du résultat de ces consultations, une rencontre ministérielle pourra avoir lieu à Genève du 17 au 19 décembre", a encore signifié Pascal Lamy, faisant valoir qu'il ne pouvait se permettre un nouvel échec quelques mois à peine après celui de juillet.

"Le coût potentiel d'un deuxième échec en moins de six mois ainsi qu'une situation économique qui se détériore appelle à la prudence", a-t-il insisté.

Risques d'échec élevés

Alors que les négociations étaient au point mort depuis le blocage de l'été dernier, les discussions ont repris intensément depuis trois semaines à Genève sous l'impulsion de l'appel des principaux pays industrialisés et émergents du G20 à conclure d'ici Noël les négociations devant libéraliser le commerce mondial en raison de la crise économique.

L'impulsion politique donnée par cet appel n'a pas été suivie par des engagements aussi fermes qu'attendu même si des avancées ont pu être faites, ont reconnu des diplomates.

"Il est clair que nous sommes plus près (d'un accord) sur les modalités [engagements chiffrés] qu'en juillet. En même temps, les risques si nous n'y parvenons pas sont plus élevés aujourd'hui qu'ils ne l'étaient en juillet dernier", a encore dit le directeur de l'OMC.

Les diplomates interrogés à la fin de leur rencontre avec Pascal Lamy se sont également montrés sceptiques quant à la tenue prochaine d'une ministérielle. Beaucoup pointent du doigt les Etats-Unis, l'Inde et la Chine dont les positions auraient peu évolué depuis juillet.