Continental sans stratégie claire par temps de crise

Guillaume Guichard

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Continental se trouve dans une situation critique. Sans stratégie claire. L'équipementier et pneumaticien allemand doit gérer la crise qui frappe le secteur automobile avec une dette lourde de 10,5 milliards d'euros. Une ardoise issue du rachat de son concurrent Siemens VDO en décembre 2007, destinée à élargir sa présence à d'autres métiers que le pneu et les systèmes de freinage. Cette acquisition devait générer des synergies "d'au moins 170 millions d'euros" par an à partir de 2010.

En attendant, Continental traine ce rachat comme un boulet. "Malgré les mesures prises pour redresser le bilan, la situation reste très tendue", jugeaient ainsi les analystes d'Exane BNP Paribas après la présentation des résultats du groupe, fin février. Avant d'ajouter que "Conti demeure un pari risqué".

Un pari d'autant plus risqué que l'actionnaire principal de Continental, la famille Schaeffler, a du mal à trouver les financements nécessaires pour sa montée au capital de l'équipementier. Elle s'est elle-même endettée à hauteur de 11 milliards d'euros pour pouvoir racheter Continental. Gaëtan Toulemonde, analyste chez Deutsche Bank, juge que Schaeffler "a eu les yeux plus gros que le ventre". Continental génère un chiffre d'affaires trois fois supérieur à celui de Schaeffler, à 24,2 milliards d'euros.

Or ni Schaeffler, ni Continental ne sont parvenus à échapper à la crise qui touche l'industrie automobile. En janvier, Maria-Elisabeth Schaeffler, la patronne du groupe du même nom, a même versé quelques larmes devant les caméras en réclamant l'aide de l'Etat allemand pour redresser son activité. Une demande rejetée, faute de plan "viable". Pour ne rien arranger, les banques ont pris peur. Les établissements qui ont financé le rachat de Conti veulent maintenant retirer leurs billes. Ils demandent à la famille Schaeffler de trouver d'autres moyens de financer son acquisition. Dans le même temps, Schaeffler a besoin, selon Bloomberg, de 5 à 6 milliards d'euros d'argent frais. De son côté, Continental doit rembourser entre 3 et 4 milliards d'euros d'échéance de dettes en 2010, indique Exane BNP Paribas.

Dans ce contexte, l'activité pneu de Continental, la plus rentable du groupe avec une marge d'exploitation de 10,5%, pourrait être cédée afin de dégager l'argent nécessaire. "Début janvier, la famille Schaeffler a demandé à Continental d'étudier une scission de l'activité pneus", explique Philippe Biernacki, élu CFDT au CE de l'usine Continental de Clairoix. Cette opération signerait la fin de la stratégie de Continental basée sur les pneus et l'équipement associé. Durant des années, le groupe s'est développé avec succès en proposant non seulement le pneumatique, mais également un certain nombre d'équipements autour du pneu comme les systèmes de freinage ou de correction de trajectoire - bref en offrant un système complet. Une stratégie déjà passablement perturbée par les difficultés d'intégrer Siemens VDO alors que le marché automobile donnait des signes de faiblesse. Une stratégie qui risque bien de ne pas survivre à la proposition de Schaeffler de céder toute l'activité pneu.