Nortel: "Les bonbonnes étaient vides"

Guillaume Guichard

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"Les bonbonnes sont vides, elles ont toujours été vides", a affirmé à E24 un responsable du collectif des salariés en grève chez Nortel France. Des grévistes avaient menacé, mardi soir, de faire sauter l'entreprise Nortel à Châteaufort, dans les Yvelines, en liquidation judiciaire, après avoir installé une dizaine de bonbonnes de gaz. Elles avaient été retirées en fin de matinée.

L'idée des bonbonnes ne vient pas des grévistes eux-mêmes mais d'une journaliste présente sur place mardi soir. "En voyant des bonbonnes de gaz sur le parking, elle a dit à quelques salariés, sur le ton de la plaisanterie, que si nous voulions une couverture médiatique, il fallait les utiliser et faire comme chez New Fabris", a raconté un des membres du collectif des salariés en grève. Les employés de New Fabris, placée en liquidation judiciaire, ont placé des bonbonnes de gaz sur le site de Châtellerault et menacent de faire exploser le tout s'ils n'obtiennent pas 30.000 euros d'indemnités de départ.

Sans concertation

Sans concertation préalable, quelques grévistes de Nortel ont donc placé les bonbonnes de gaz devant les bâtiments, mardi soir, selon un membre du collectif des grévistes. Le site est constitué de quatre bâtiments, principalement des bureaux mais aussi des laboratoires de recherche sur les technologies GSM. En voyant les bonbonnes, la direction a préféré faire évacuer les lieux et a renvoyé tous les salariés non grévistes chez eux pour la journée.

"Nous avons agi en désespoir de cause, à titre symbolique", souligne le gréviste. "Les bonbonnes vides ont été retirées mercredi en fin de matinée et nous avons dit dès le début qu'il n'y avait rien à craindre". Mais, même vides, les bonbonnes ont attiré "tous les médias nationaux", de LCI à Arte, en passant par l'AFP et Reuters.

Un mois de conflit

Mission réussie? "Nous désespérions d'attirer l'attention et de peser sur les négociations", a expliqué le gréviste. Le conflit dure depuis un mois et les administrateurs judiciaires ne proposent que le minimum légal: 6 mois de salaire d'indemnités pour les plus anciens. Les actions précédentes n'avaient pas eu beaucoup d'effet. Les salariés étaient allés protester devant le tribunal de Versailles, puis devant le Congrès réuni au château. Las, la couverture médiatique n'a pas été à la hauteur des attentes des grévistes et les négociations n'ont pas avancé.

Politiques

Mercredi, en quelques heures, l'affaire des bonbonnes a accéléré le cours des évènements. Les grévistes devaient rencontrer mercredi après-midi les administrateurs pour une séance de négociation. Ils devaient aussi s'entretenir avec le ministre de l'Industrie Christian Estrosi dans l'après-midi ainsi qu'avec Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et députée des Yvelines, dans la soirée.

Et si, finalement, rien ne bouge, les grévistes seront-ils tentés de placer des bonbonnes pleines cette fois, près des bâtiments? "Si nous ne sommes pas entendus et que nous n'obtenons aucune avancée, certains éléments non contrôlés pourraient renouveler la menace", prévient le gréviste.