Le G20 ne tiendra pas ses promesses de refonte du capitalisme financier

Thibaud Vadjoux

— 

Les pays les plus riches réunis au sein du G7 et les puissances émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine, Amérique du Sud) qui forment le G20 doivent présenter un front commun, des propositions et un calendrier des réformes à venir.

Pourquoi un tel sommet? La croissance ralentit fortement dans le monde et la récession va s'installer l'année prochaine dans les grandes puissances. Le FMI et l'OCDE prévoient une année 2009 sombre pour les Etats-Unis, la zone euro et le Japon. La récession économique s'est déclenchée brutalement à cause de la contagion d'une crise que l'on croyait très localisée et circonscrite aux "subprime". Elle s'est étendue à toute la sphère financière puis à l'économie. L'atterrissage en douceur de l'économie américaine qu'attendaient les économistes, s'est transformé en crash mondial.

Quelle est la priorité de la réunion? Fixer un agenda, en attendant mieux. George W. Bush s'est opposé, jeudi 13 novembre, à toute remise en cause fondamentale du système capitaliste. Les Etats-Unis ont donné le ton. Dan Price, conseiller du président George W. Bush, a annoncé que la maison Blanche attendait "une discussion importante et vigoureuse avec des résultats très concrets", fournis dans "un plan d'action". Pour les Américains, pressé par les Européens à l'initiative de la rencontre, cette réunion n'est que la première d'une série.

Sur quelle base peuvent s'entendre les chefs d'Etats? Tous les pays se sont déjà accordés sur la nécessité de plan de relance massif des Etat et d'une coordination au plus haut niveau des politiques monétaires à travers des baisses coordonnées des taux directeurs des banques centrales.

Quelles sont les mesures épineuses? La première question, avant de parler du contenu, sera de déterminer l'instance qui doit donner l'impulsion des réformes financières. Les français veulent que le fonds monétaire international, à l'avenir, endosse le rôle de supervision de la finance. La régulation financière resterait du ressort des Etats mais leurs actions serait ensuite surveillées par une institution comme le FMI, plaide Dominique Strauss-Kahn, son directeur général.

Le Japon a déjà donné un signe fort, en annonçant être prêt à fournir 100 milliards de dollar, soit 10% de ses réserves de change, au FMI. Les pays qui disposent d'excédents extérieurs (Chine, pays du Golfe) seront sollicités pour conforter les fonds du FMI, devenu banquier à court terme du monde. Mais cette contribution soulève des questions de fond difficile à résoudre.

Au sein même de l'Europe, les divergences existent malgré la position commune du Sommet des 27 à Bruxelles, le 7 novembre. Les pays du Nord et anglo-saxon ne veulent pas accorder non plus trop d'importance au FMI et à une réglementation supplémentaire. Par ailleurs, les Allemands rejettent l'idée française d'un gouvernement économique européen. Mais, à l'issue du sommet européen, les 27 dirigeants assurent être "tous d'accord sur la nécessité absolue d'une coordination des politiques économiques".

Les questions des paradis fiscaux, du contrôle des agences de notation et de la réglementation des produits dérivés, qui ont ressurgi avec la crise devront, elles aussi, trouver des réponses même si elles ne seront pas forcément à l'ordre du jour du G20. Ces questions ne pourront être résolues en quelques heures au G20.

"Une nouvelle architecture mondiale"

Le 8 novembre, au G20 des grands argentiers, à Sao Paolo, les pays émergents ont appelé, à travers la voix du ministre du Brésil, Lula à une "nouvelle architecture mondiale", soit une réforme beaucoup plus profonde des institutions financières. Le Brésil demande une nouvelle fois que les dirigeants du FMI comme de la Banque Mondiale soient choisis "selon un processus ouvert et transparent, sans restriction de candidature en fonction de la nationalité", alors que ces postes sont traditionnellement partagés entre Américains et Européens. Le document brésilien souligne "l'inefficacité du G7 (pays les plus industrialisés) pour diriger de façon efficace les principaux thèmes mondiaux (...) et pour prôner la réforme du FMI et de la BM".

Avec la crise, le rôle du FMI et le besoin d'organisations de coopération ont été mis subitement en valeur. Mais les questions de fond sur la gouvernance mondiale demeurent. Pourquoi les Chinois devraient-ils soutenir le FMI alors qu'ils ne détiennent que 3,7% des droits de vote contre 17,1% pour les Etats-Unis et sont largement sous représentées dans les grandes instances mondiales comme la plupart des pays émergents.

Les oubliés

Mais les puissances émergentes seront présentes pour ce faire entendre, contrairement à d'autres oubliés, comme l'Afrique. Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Jean Ping, a regretté que le continent n'ait "pas été réellement invité aux travaux du G20, ni associé un tant soit peu à leurs préparatifs". Et d'ajouter: "nous sommes aussi en guerre contre nous-mêmes, notre silence assourdissant, notre lenteur à nous organiser en front uni".

En attendant Obama

Quant à l'acteur le plus puissant, les Etats-Unis, ils sont restés plutôt discrets à cause de la transition présidentielle. L'administration Bush a vaguement évoqué la possibilité d'un accord pour "l'action à court terme". Il s'agit de "fixer des échéances et être en mesure de les tenir d'ici à la réunion suivante", a assuré la Maison Blanche.

Le président élu, Barack Obama, sera représenté par l'ex-secrétaire d'Etat Madeleine Albright et un ex-parlementaire républicain Jim Leach.

Avant l'intronisation d'Obama, le 20 janvier 2009, les Etats-Unis ne donneront pas d'impulsion majeure. Les Français et l'Union européenne veulent des propositions concrêtes dans les 100 jours suivant la réunion de Washington (soit le mois de l'entrée en fonction du nouveau président américain). Mais il faudra, peut-être attendre encore 100 jours supplémentaires après la prise de fonction de Barck Obama - temps de grâce généralement accordé à une administration - pour voir un engagement des Etats-Unis. Mais en période de crise majeure, les temps de grâce raccourcissent souvent.