Économie

Internet: La vraie-fausse domination de Microsoft

Selon une étude Comscore, l'éditeur de Messenger et de Hotmail domine le web. Mais le critère du classement est discutable.

Qui domine Internet? La réponse dépend des critères utilisés pour mesurer cette domination. D'après la dernière étude publiée par Comscore, l'un des quatre instituts d'audience Internet de référence, Microsoft est premier en comptabilisant le temps passé sur ses sites et services en ligne.

"En septembre, Microsoft a capté presque 15% (+43%) du temps passé en ligne au niveau mondial", écrivent les auteurs de l'étude. Google arrive second, avec 9,3% (+48%) et Yahoo! troisième avec 6,3% (-14%). A noter: Facebook perce parmi ces géants du net avec 5,1% du temps passé en ligne grâce à un bond de 193%.

Mais la mesure du temps d'attention sur Internet présente de grosses lacunes et n'est pas utilisé par les annonceurs. La mesure de référence reste le visiteur unique, c'est-à-dire le nombre de personnes se rendant sur un site sur une période donnée. Selon ce critère, le seul qui importe aux yeux du marché, Google domine la concurrence. Ce qui est incontestable en termes de revenus publicitaires. Google se rémunère au clic et a généré en 2008 plus de 14,4 milliards de dollars grâce à la publicité en ligne sur ses propres sites. Microsoft n'a, lui, récolté que 3 milliards de dollars sur la même période, malgré le temps plus long passé sur ses sites.

Microsoft dopé par Messenger

Car l'étude de Comscore donnant le beau rôle à Microsoft comporte des biais importants. Il intègre d'abord la messagerie instantanée Windows Live Messenger, qui compte pour 70% du temps passé sur les sites Microsoft. De quoi doper de façon artificielle le score de Microsoft.

"La messagerie instantanée n'est pas utilisée à 100% du temps par l'utilisateur, mais plutôt à hauteur de 5-6%", juge Olivier Bronner, président de l'agence conseil en stratégie digitale Plan.Net. Soit beaucoup moins que le temps d'attention effectif dont bénéficie une page Internet.

Mesure imprécise

Deuxième problème, et de taille, la mesure de durée d'une visite demeure extrêmement imprécise. Comment s'assurer qu'une page restée ouverte 10 minutes attire effectivement l'attention de l'internaute pendant tout ce laps de temps? Cette inconnue explique -en partie- pourquoi les campagnes publicitaires en ligne ne sont pas tarifées en fonction de ce critère, mais plutôt en fonction du clic et du nombre de visiteurs uniques.

Microsoft milite néanmoins pour l'adoption de ce type de mesure qui lui donne l'avantage depuis février 2007, date à laquelle Google lui est passé devant en termes de visiteurs uniques. Mesure qualitative par excellence - au contraire du visiteur unique - la durée des visites n'est pas pour autant à ignorer.

"Il faudrait que Microsoft aille au bout de sa logique et développe des outils performants pour mesurer le temps d'attention passé sur une page", prône Olivier Bronner. "La solution se trouve entre les mains des développeurs de navigateurs web. Ces logiciels pourraient, à l'avenir, déterminer si la page ouverte est active ou non, à l'arrière plan ou sous les yeux de l'internaute". Une fonction que Microsoft pourrait développer sur son navigateur maison, Internet Explorer.