Goldman Sachs: 3,5 milliards de bénéfices

T.V avec AFP

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Super profits pour la banque d'affaires américaine, Goldman Sachs. La banque a publié, mardi 14 juillet au soir, des résultats meilleurs qu'attendus avec un bénéfice net de 3,44 milliards de dollars pour le deuxième trimestre, représentant un bond de 65% sur un an et de 89% par rapport au premier trimestre (1,81 milliard).

Ce résultat s'entend après déduction du dividende de 426 millions versé à l'Etat fédéral pour rémunérer les 10 milliards de fonds publics avancés à l'automne (et depuis lors remboursés). La banque a aussi dû passer pour 700 millions de dépréciations sur son portefeuille d'immobilier commercial.

Activités courtage

A souligner, ses activités de courtage sur les marchés actions et obligataires qui ont permis de dégager 10,78 milliards de revenus. Cette activité affiche une hausse de 93% sur un an alors que la banque d'investissement a vu ses revenus reculer de 15% sur un an et la banque privée de 28%. Ces résultats sur les marchés financiers ont fortement participé à relever le produit net bancaire à 13,76 milliards de dollars, contre un consensus de marché de 10,66 milliards. La croissance de la rentabilité de Goldman Sachs a été encore plus rapide que celle de son chiffre d'affaires, qui a bondi de 46% sur un an.

Si les performances de la banque se maintiennent au second semestre, la banque prévoit de verser un salaire moyen de 770.000 dollars à ses 30.000 employés et des bonus de l'orde de dizaines de millions de dollars à ses cadres, un niveau équivalent à celui précédent la crise, selon des calculs réalisés par le Financial Times.

Banque phare de Wall Street

La banque d'affaire a confirmé son statut de banque phare de Wall Street en affichant des résultats en forte hausse et largement supérieurs aux attentes, profitant à plein de la disparition ou de la prudence nouvelle de ses rivales après la crise financière. Rapporté par action, le bénéfice de Goldman "a dépassé de 1,39 dollar le consensus du marché, ce qui est beaucoup", souligne Cesare de Novellis, analyste chez Meeschaert New York. Il s'est établi à 4,93 dollars -et même à 5,71 dollars en excluant la rémunération de l'Etat- contre 3,54 dollars attendus par les analystes.

Le PDG Lloyd Blankfein a expliqué ces résultats par l'amélioration constatée sur les marchés financiers, en dépit d'un environnement encore "fragile". Sur la période, l'indice Dow Jones a connu sa meilleure performance trimestrielle en six ans. Le directeur financier David Viniar a fait valoir que Goldman a profité "de marchés et de produits très liquides", sur lesquels la banque a appliqué sa culture du risque pour "saisir" les opportunités. "Pour chaque dollar que nous allons chercher, il y a assurément moins de compétition", a-t-il aussi reconnu lors d'une conférence téléphonique.

Dividendes versés aux actionnaires

Pour autant, les investisseurs ont peu réagi -l'action Goldman a clôturé en hausse de 0,15% à 149,66 dollars-, les bons résultats "ayant déjà été anticipés par le marché" ces derniers jours, a expliqué Jon Ogg, analyste du site 24/7 Wall Street. Plusieurs observateurs ont néanmoins salué la solidité du modèle Goldman. "Le fait que Goldman annonce aujourd'hui le versement d'un dividende de 35 cents par action, payable en septembre, est une preuve de leur confiance dans la solidité de leur situation financière", estime M. De Novellis, pour qui "Goldman va rester la meilleure banque d'affaires" à l'avenir.

Durable?

Charles Geisst, professeur d'économie et historien de Wall Street au Manhattan College, fait valoir que les performances de Goldman tiennent à deux facteurs. "Il y a moins de concurrents sur le marché" depuis l'implosion de l'année dernière qui a vu Bear Stearns et Lehman Brothers disparaître et Merrill Lynch se faire avaler par Bank of America, une société à la culture beaucoup plus conservatrice. Morgan Stanley, l'autre grande banque d'affaires survivante, a de son côté choisi de renoncer aux opérations les plus risquées. Cela donne à Goldman Sachs "plus de latitude dans le courtage et les opérations de souscription", ajoute M. Geisst.

"Par ailleurs, leur appétit pour le risque n'a jamais diminué, si bien qu'ils sont en mesure de prendre l'avantage", là où les autres concurrents renouent doucement avec la culture du risque, poursuit l'historien. Toutefois Goldman Sachs "pourrait bien ne pas briller autant à l'avenir, lorsque la concurrence se ressaisira", avance-t-il.

Un avis partagé par l'agence de notation financière Standard and Poor's, qui voit dans les forts résultats du trimestre la marque d'une "dépendance" envers l'activité de courtage et ne considère pas la performance des trois derniers mois comme "durable".