Magna lorgne sur Opel

Delphine Halgand avec AFP

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Dans le mariage possible entre Fiat et Opel, quelqu'un pourrait bouleverser la noce. Le trouble-fête s'appelle Magna. Ce groupe canadien d'équipement est candidat à un rapprochement avec la filiale allemande Opel de l'américain General Motors, sans pour autant vouloir la racheter, comme l'a indiqué son PDG Frank Stomach la semaine dernière.

"Si un de nos clients va mal, nous regardons d'abord si nous pouvons l'aider, cela vaut pour tous nos partenaires. Tout en sachant qu'il faut aussi vérifier si c'est sain pour Magna", a expliqué le milliardaire austro-canadien au journal autrichien Kleine Zeitung.

Magna se décrit comme "le plus diversifié des équipementiers automobiles au monde", comme on peut le lire sur son site internet. Le groupe conçoit, développe et produit des systèmes, assemblages, modules et composants automobiles. Il assemble également des véhicules complets. Son chiffre d'affaires a cru de 17% entre 1997 et 2007 avant de chuter en 2008 à 23,7 milliards de dollars. Le groupe canadien a vu son bénéfice net fortement baisser l'année dernière, à seulement 71 millions de dollars américains, mais sa solidité financière n'est pas en cause. Il dispose d'environ 1,5 milliard de dollars de liquidités, selon le quotidien canadien The Globe and Mail.

Le canadien travaille avec la quasi-totalité des constructeurs de Ferrari à Tata en passant par Renault, Chrysler et bien évidemment Opel. "Nous livrons des pièces à Opel et c'est dans notre intérêt que Opel aille bien. Il ne faut pas perdre ce marché ", a insisté Frank Stomach.

Pour être sûr de ne pas le perdre, Magna envisagerait de prendre une participation de 20% dans Opel, selon le quotidien canadien The Globe and Mail. Le groupe s'allierait avec l'oligarque russe Oleg Deripaska, qui avec le soutien de banques russes, prendrait, lui, une participation de 30% dans le constructeur allemand. La part de GM dans Opel serait alors ramenée à environ 45%.

En s'alliant avec un russe, Magna conforterait sa stratégie en Russie, un marché-clef pour la prochaine décennie. La Russie était l'an dernier le second marché le plus important pour GM en Europe, et près du tiers des véhicules vendus par le constructeur était des modèles Opel, selon le quotidien canadien.

Magna semble avoir la préférence des responsables politiques allemands, notamment le vice-chancelier Frank-Walter Steinmeier, mais aussi des syndicats, comme le puissant IG Metall. Il s'agirait d'un moindre mal, estime Armin Schild, membre du conseil de surveillance d'Opel et du syndicat de la métallurgie. Le canadien, associé à des partenaires russes, "veulent apparemment investir cinq milliards d'euros pour prendre une participation de 50% dans le nouveau groupe Opel", a-t-il indiqué. Mais Fiat n'a pas dit son dernier mot, et rencontre ce lundi 4 mais les membres du gouvernement allemand.