Vivendi regarde Zain mais reste prudent

Jocelyn Jovène

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Vivendi, le groupe de médias et de télécommunications à la recherche de relais de croissance dans les pays émergents, a confirmé jeudi soir son intérêt pour une "participation majoritaire" dans les activités de télécommunications dans le groupe Zain. "Vivendi n'a aucune certitude d'aboutir à un accord", observe le groupe dans un communiqué de presse.

Zain appartient à la société Mobile Telecom Co, cotée à la Bourse du Koweit. L'opérateur est présent dans 23 pays d'Afrique et du Moyen-Orient et comptait 64,6 millions d'abonnés à fin mars 2009. Le groupe table sur un excédent brut d'exploitation de 6 milliards de dollars en 2011, contre 2,8 milliards en 2008 avec une base de 150 millions de clients, ce qui le placerait à cette date dans le top 10 mondial. La société affichait début mai une capitalisation boursière de 11,6 milliards de dollars.

Tout le problème est de savoir à quel prix se fera la transaction. Le courtier Exane BNP Paribas estime qu'un prix raisonnable pour 100% de la société se situerait à environ 7 milliards de dollars. La banque Nomura estime qu'un prix d'acquisition de 4,5 milliards d'euros entraînerait un effet dilutif de 4% si les activités du groupe au Soudan sont incluses, et de 7% dans le cas contraire.

Les analystes de la Société Générale estiment que démanteler le portefeuille d'actifs de Zain "serait le meilleur moyen d'optimiser le prix de vente en raison de l'intérêt que pourraient avoir des opérateurs intéressés par les marchés anglophones d'Afrique". "Ce scénario alternatif, ou l'abandon du projet, ôteraient les craintes qui ont lourdement pesé sur le cours de Bourse.

Car l'une des craintes des analystes est que Vivendi soit contraint de lancer une augmentation de capital pour financer une telle acquisition, qui n'est en outre pas dénuée de risques opérationnels, notamment sur les modalités d'une intégration avec Maroc Telecom, dont Vivendi est l'actionnaire de référence.

"Les marges de manœuvre du groupe, sans augmentation de capital, nous semblent limitées à 1-2 milliard d'euros; une augmentation de capital au cours actuel, le plus bas depuis 2003, nous semblerait malvenue", avertissent les analystes de CM-CIC Securities.

Un risque de déception que Vivendi semble avoir pris en compte. Le groupe "appliquera à l'examen de cet investissement ses critères habituels de rentabilité et fera preuve de discipline financière", rappelle Vivendi. Vendredi, l'action du groupe de médias perdait 1,1% à 16,84 euros, malgré ces propos rassurants.