EDF: une gestion qui ne convainc pas

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La grande majorité des analystes financiers a une recommandation positive sur l'électricien. Pourtant, le cours de Bourse d'EDF a chuté de 25% depuis le 1er janvier (contre une baisse de 6,6% pour le CAC 40) et cote aujourd'hui sous son prix d'introduction de fin 2005. Le marché anticipe une très forte croissance des résultats de l'électricien jusqu'en 2011. Mais rien n'y fait. Pas même l'annonce d'une prochain hausse des tarifs, qui avait par le passé eu un effet bien plus euphorisant sur le cours de Bourse.

Il faut avouer que le PDG d'EDF affiche un bilan financier en demi-teinte. Le groupe n'a tenu qu'une partie des engagements pris lors de l'ouverture de son capital. Il visait ainsi une progression de 3% à 6% de son excédent brut d'exploitation entre 2005 et 2008. La hausse sera de 3,3%, mais la marge brute d'exploitation (rapport du résultat brut d'exploitation au chiffre d'affaires qui mesure l'efficacité du groupe) a plongé de 25,5% à 22,2%. En cause: une facture de 1,2 milliard d'euros pour régler le TarTAM -un tarif transitoire de retour aux tarifs administrés, un moins bon taux d'utilisation du parc de production d'électricité et la hausse du coût des matières premières.

L'autre sujet auquel les investisseurs sont attentifs – la dette et la solidité du bilan – n'est pas à ce jour un motif de pleine satisfaction. La dette s'est envolée passant de 19 milliards d'euros en 2005 à 41,5 milliards d'euros en 2009, selon le consensus du marché. Certes, le groupe a saisi des opportunités stratégiques – British Energy au Royaume-Uni ou Constellation Energy aux Etats-Unis. Mais dans un environnement de crise du crédit, les investisseurs se demandent si ces opérations rapporteront autant que le promettent les dirigeants d'EDF.

Ces ambitions stratégiques démultiplient les fronts où le groupe sera présent et où il devra investir. Pour profiter du renouveau du nucléaire tant espéré, ce sont pas moins de 60 milliards d'euros d'investissement qui s'annoncent pour EDF d'ici à 2020. A cela s'ajoutent les volontés du groupe de renforcer sa présence dans le gaz, afin de proposer un mix énergétique plus varié à ses clients industriels et commerciaux.

Dans une étude publiée fin 2008, Société Générale estimait qu'entre 2008 et 2012, le groupe devra trouver 2,5 milliards d'euros pour boucler le financement de son développement. Hors, si l'on estime qu'une variation de 1% du prix de l'électricité représente une contribution de 125 millions d'euros de résultat, on comprend pourquoi Pierre Gadonneix a fixé la barre aussi haut en annonçant une hausse de prix de 20%. Au risque de se brouiller avec son actionnaire de référence, et de provoquer un véritable tollé chez les politiques, les syndicats et les consommateurs.

Et pour l'instant, cette annonce, malgré son impact potentiel sur les résultats du groupe, est loin d'avoir réveiller le moindre intérêt du marché pour le premier électricien au monde.