Les électriciens ont coupé leurs budgets R&D

Guillaume Guichard

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Les électriciens seraient-ils devenus les mauvais élèves en matière de recherche et développement (R&D)? Les dépenses de R&D des producteurs d'électricité européens ont fondu de 70% entre 2000 et 2007, passant de 1,9 miliard d'euros à 571 millions d'euros (chiffres corrigés de l'inflation), selon une étude de l'OFCE. L'auteur de l'étude, l'économiste Evens Salies, a passé en revue les dépenses en R&D de 22 acteurs du secteur entre 1980 et 2007.

Les géants EDF et E.ON n'échappent à cette tendance lourde. Les dépenses de R&D de l'électricien français ont chuté de 33% de 2000 à 2007, passant de 568 à 375 millions d'euros. Son homologue allemand fait pire: son budget recherche et développement a dégringolé de 94%, de 572 millions à 37 millions d'euros.

Plusieurs bouleversements dans le monde de l'énergie à l'aube des années 2000 expliquent cette évolution. Mais le principal facteur, selon l'étude, réside dans la libéralisation du marché européen de l'électricité à cette période. "Le même phénomène a été observé par le secrétariat américain à l'Energie lors de la dérégulation du secteur aux Etats-Unis dans les années 80", souligne Evens Salies.

"Les électriciens ont anticipé la libéralisation des marchés en coupant les budgets de R&D sachant qu'avec l'arrivée de la concurrence, ils allaient perdre des revenus", analyse l'économiste. Par exemple en France, la loi sur la libéralisation du marché de l'électricité, votée en 2000, ne prévoit une ouverture totale à la concurrence qu'au 1er juillet 2007. Mais EDF n'a pas attendu cette date pour réduire son budget recherche, le taux moyen de réduction de ses dépenses baissant de 6,8% par en moyenne entre 2000 et 2007.

La libéralisation des marchés n'explique pas tout. En parallèle, de nombreux producteurs d'électricité ont été privatisés, que ce soit partiellement ou en totalité. Les dirigeants des sociétés se sont retrouvés à devoir partager les recettes avec de nouveaux acteurs: les actionnaires. Et ce, aux dépens du poste R&D, explique en substance Evens Salies.

Devant rendre des comptes aux marchés, les producteurs d'électricité n'ont pas seulement effectué des coupes claires dans les budgets, ils ont aussi donné la priorité aux recherches donnant rapidement des résultats. "Et tout cela au lieu de se focaliser sur les recherches de long terme concernant les nouvelles sources d'énergie plus propres, par exemple", avance Evens Salies.

In fine, dénonce l'économiste, "l'excès de concurrence insufflé par l'Union européenne affaiblit la recherche des producteurs d'électricité". Et ce, alors même que le secteur aurait bien besoin de R&D pour améliorer l'efficience de ses centrales, par exemple, afin de remplir les objectifs de réduction de 20% des émissions de CO2 imposé… par l'Union européenne. Bruxelles, schizophrène?