Banques: le nettoyage du bilan n'est pas terminé

Propos recueillis par Jocelyn Jovène

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Quels indicateurs un investisseur doit-il suivre pour évaluer de la qualité d'une banque aujourd'hui?

En période crise, la chose la plus importante, c'est la maîtrise des risques, que l'on peut apprécier en regardant le bilan d'une banque. Les ratios de solvabilité, comme le ratio "Tier1", que les banques mettent en avant dans leur communication, sont importants mais secondaires. Ce qui compte, c'est qu'il n'y ait pas un trop grand décalage entre l'actif [les risques pris par les banques sous forme de prêts aux particuliers, aux entreprises et les investissements dans des produits structurés, NDLR] et le passif [les sources de financement et les fonds propres].

On s'aperçoit depuis un an que certaines banques ont utilisé l'effet de levier à l'extrême. Elles l'ont fait dans des produits structurés très complexes, assis sur des actifs qui ont perdu une grande partie de leur valeur avec la crise de l'immobilier américain. Ce qu'elles ont en partie payé par des dépréciations massives de la valeur de ces actifs.

La transparence sur le type et le niveau de risque pris par les banques, c'est le deuxième point auquel nous attachons beaucoup d'importance en tant qu'investisseurs. On se rend compte aujourd'hui que pas mal de banquiers n'ont pas voulu reconnaître l'ampleur de leurs problèmes. Et certaines banques en font payer le prix cher à leurs actionnaires, par le biais d'augmentations de capital très dilutives, comme l'a récemment montré Barclays.

Au vu des dernières publications de résultats, la crise est-elle digérée?

Certains des problèmes actuels sont en train d'être réglés. Une grande partie des dépréciations d'actifs a été faite au moins sur le subprime. Les produits structurés ont été grandement dépréciés, comme l'a montré le cas UBS, qui a dû se recapitaliser et céder des actifs à une structure de défaisance.

Cependant, les produits structurés n'ont pas tous des sous-jacents de type subprime. Certains reposent sur des crédits d'entreprises, des cartes de crédit, des prêts étudiants, etc… Sur ce type de produits, certaines banques n'ont pas encore fait tout le nettoyage, ce qui pourrait survenir rapidement avec la récession économique aux Etats-Unis et en Europe et son corollaire de défaillances d'entreprises.

Notre problème, en tant qu'investisseur, est que l'on n'a aucune idée des sous-jacents. Nous devons faire confiance aux dirigeants des banques, sachant qu'elles n'ont pas la même prudence dans leur politique de gestion des risques.

Tant que la lumière n'est pas faite sur ces sous-jacents, il y aura un problème de crédibilité des directions. C'est une erreur de prendre les investisseurs pour des enfants et de ne pas faire preuve de plus de transparence sur de tels sujets. Un jour ou l'autre cela se paie…

Globalement, je pense que le nettoyage du bilan des banques devrait être terminé d'ici 3 à 6 mois. Une fois que cela sera fait, on se focalisera de nouveau sur les performances opérationnelles des banques.

Quelles sont les banques les mieux armées pour traverser la crise?

Certaines banques généralistes devraient sortir plus fortes de la crise. Elles devraient profiter de la disparition de certains concurrents, ou saisir des opportunités en rachetant d'autres banques. Le cas de BNP Paribas est exemplaire de ce point de vue. Cette banque intéressait assez peu les investisseurs, car sa politique de prise de risques était jugée trop prudente. On se rend compte aujourd'hui que c'était la bonne stratégie. Et BNP Paribas a saisi une opportunité majeure en rachetant des activités de Fortis. Cette banque sort grandie de la crise.

Nous pensons que KBC devrait également sortir renforcé de la crise en Belgique.

Les banques privées suisses devraient également sortir renforcées de la crise, car leur métier de collecte de fonds demande peu de capitaux et ne devrait pas souffrir d'augmentation des provisions. Dans les pures banques de détail, les banques populaires italiennes sont également intéressantes.

A contrario, les métiers qui requièrent plus de capitaux sont à éviter, de même que les banques exposées à la crise immobilière comme les banques britanniques et espagnoles.

Doit-on s'attendre à une baisse de la rentabilité dans le secteur bancaire dans les années à venir?

Aujourd'hui, tous les gouvernements poussent à une diminution de l'effet de levier. Cela peut s'obtenir de deux manières: soit par une augmentation des fonds propres, soit par la diminution de la taille du bilan. La plupart des banques font les deux. D'un côté elles réduisent les activités les plus risquées, qui requièrent le plus de fonds propres, comme les activités de marché. Dans le même temps, elles cherchent à développer les métiers les moins gourmands en capital (gestion privée, gestion d'actifs, banque de détail).

Ces mutations vont entraîner une modification du paysage concurrentiel dans le secteur bancaire dans les deux ou trois prochaines années, certains acteurs préférant sortir de métiers à risque et laissant la place à d'autres.

Les banques vont aussi avoir une politique de crédit beaucoup plus prudente dans les années à venir, en prenant le moins de risque possible dans les nouvelles affaires de crédit. A terme, cela devrait se traduire par une profitabilité plus faible, mais avec un profil de risque réduit.