Eléctricité: danger sur le tarif réglementé

Propos recueillis par Catherine Vincent

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Une hausse de 20% des tarifs EDF d'électricité représentera dans 4 ans une hausse mensuelle de 12 euros de la facture d'électricité du consommateur, précise l'association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir. Caroline Keller, chargée de mission Energie et Logement à UFC-consommateur, explique à E24 pourquoi elle recommande tout de même aux consommateurs de rester chez EDF.

E24 - Une augmentation de 20% du tarif d'électricité règlementé peut-il bénéficier aux opérateurs alternatifs?

Caroline Keller - C'est possible. Avec une augmentation très élevée du tarif réglementé, les alternatifs pourront proposer des offres plus compétitives. Aujourd'hui, elles sont toutes fixées par rapport au prix régulé et se présentent en moyenne comme était inférieures de 5 à 10%. Elles peuvent donc paraître plus attrayantes que celles d'EDF mais sont à étudier de manière approfondie. Certains opérateurs alternatifs gonflent les prix des abonnements ou font payer des services annexes comme l'envoi des factures ou les appels. Au final ces offres deviennent moins avantageuses pour le consommateur.

Quels sont aujourd'hui les freins au choix d'un opérateur alternatif?

La mauvaise connaissance de l'ouverture du marché de l'électricité. Les Français sont très nombreux à ne pas savoir qu'ils peuvent avoir recours à des opérateurs autres qu'EDF. Et pour ceux qui le savent, le fait que les offres des alternatifs ne garantissent une indexation sur le tarif règlementé que pendant un ou deux ans est un frein.

En d'autres termes, un consommateur qui souscrit à une offre d'un opérateur alternatif ne sait pas quel tarif il se verra appliquer à l'issue de cette période de garantie.

Changer d'opérateur est donc risqué pour le consommateur?

C'est risqué, mais moins que ça ne l'était avant le 1er janvier 2008. Avant cette date, lorsque l'on quittait le tarif réglementé, c'était sans possibilité de retour. Aujourd'hui, un consommateur peut revenir au tarif réglementé au bout de 6 mois.

Pour autant, nous recommandons aux consommateurs de rester au tarif réglementé et donc de ne pas quitter EDF.

Pourquoi?

Politiquement, cette mesure n'est pas sans arrière-pensée: permettre des allers-retours risque d'affaiblir les tarifs réglementés et de justifier, à terme, leur disparition. Nous analysons cette règle de la réversibilité comme le premier pas d'EDF vers une suppression du tarif réglementé. Si les consommateurs ne reviennent pas au bout de six mois, le groupe défendra l'idée que ce tarif ne sert plus à rien et demandera sa suppression.

Mais on le sait aujourd'hui, sans tarif réglementé, la concurrence ne jouera pas son rôle de régulateur des prix du marché. Nous risquons donc une augmentation très significative.

De quel ordre?

De l'ordre de celle aujourd'hui demandée par EDF! Là encore, demander une hausse de 20% sur 4 ans est, selon nous, une manière pour EDF de se libérer du tarif réglementé.

Or, la commission Champsaur [chargée par le gouvernement de proposer des solutions pour faire évoluer les tarifs l’organisation du marché de l'électricité, ndlr] a elle-même préconisé un maintien du tarif réglementé pour les particuliers accompagné de mesures pour favoriser le développement de la concurrence.

Les décisions du gouvernement en la matière sont attendues pour l'automne prochain, vraisemblablement vers le mois de novembre selon les dernières informations que nous avons.

Pierre Gadonneix, président d'EDF, a-t-il des chances d'obtenir gain de cause sur la hausse tarifaire?

Clairement, il veut et va sûrement obtenir une augmentation. Mais elle sera beaucoup moins importante que celle demandée et devra surtout être justifiée par des investissements, par exemple dans l'allongement de la durée de vie des centrales nucléaires. A raison de 400 millions nécessaires pour prolonger jusqu'à 40 ans la durée de vie d'une centrale, l'investissement sera lourd pour nos 60 centrales françaises. Mais il sera échelonné sur bon nombre d'années.