Grand Paris: le futur métro est-il pertinent?

Elsa Meyer

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Le projet de loi sur le Grand Paris arrive ce mardi devant l'Assemblée nationale. Elément phare du texte: la construction d'un métro en rocade de 130km pour favoriser les échanges entre neuf pôles de compétitivité et avec les gares et aéroports.

Pour plusieurs élus de la région Ile-de-France, ce projet ne tient cependant pas la route: en voulant développer les déplacements pour des motifs professionnels (travail-travail), qui concernent une toute petite minorité des flux, la future infrastructure ne prend pas en compte les réelles attentes des Franciliens.

Un projet économique

Le Grand Paris vise à renforcer l'attractivité économique de l'Ile-de-France avec pour objectif la création de 800.000 à 1 million d'emplois à l'horizon 2025. Pour ce faire, le gouvernement compte investir 35 milliards d'euros pour développer neuf pôles de compétitivité, reliés entre eux par un métro souterrain censé favoriser leurs échanges.

Mais selon une étude de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-France (IAU), présentée à l'Assemblée nationale le 9 novembre dernier, ce type de déplacements travail-travail représente aujourd'hui moins de 3% des flux, tous types de transports compris. Et rien ne dit pour l'instant que la demande augmentera avec la future infrastructure.

Rentabilité sociale et économique

"La seule question qui compte est de savoir si le projet est pertinent au vu du montant des investissements et des objectifs attendus. Or, le gouvernement ne nous a fourni aucune étude d'impact sur le sujet. Nous ne savons pas combien ce projet va générer de déplacements entre les entreprises, et vers les entreprises", explique Gérard Lacoste, directeur général adjoint de l'IAU.

Et selon lui, les chiffres ne devraient sûrement pas exploser. "Aujourd'hui, les sociétés échangent surtout par mail ou téléphone et les déplacements professionnels sont finalement limités. Ce n'est pas parce qu'on va réaliser un métro de 130km que les gens vont vouloir l'utiliser", argumente-t-il.

Privilégier les déplacements domicile-travail

Pour l'IAU et de nombreux élus de la région, le véritable enjeu des transports en Ile-de-de-France concerne les déplacements domicile-travail qui représentent plus du quart des flux quotidiens. Et dans l'état actuel du projet, ces trajets ne devraient pas être beaucoup impactés par la future rocade.

"Le texte ne prend pas en compte les vrais besoins des Franciliens. Plusieurs tronçons à l'est sont complètement déconnectés des bassins d'emplois et de vie actuels (voir le tracé en lien). En outre, le gouvernement n'explique nulle part la manière dont il va relier la rocade au réseau existant", analyse Annick Lepetit, député (PS) et adjointe au maire de Paris en charge des transports.

Car si tous les acteurs de la région reconnaissent la nécessité de développer les infrastructures en Ile-de-France, pour plusieurs d'entre eux, les 130km de rocade du Grand Paris n'étaient sûrement pas la priorité.

"L'urgence n'est pas de financer un nouveau métro de 21 milliards d'euros dont on ne sait pas à combien de personnes il va bénéficier mais de mettre de l'argent là où il y a déjà une demande très forte. Par exemple dans la rénovation du réseau, le décloisonnement de certains bassins de vie ou le prolongement des lignes de métro saturées", conclut Annick Lepetit.

La veille de l'examen du texte, le lundi 23 novembre dernier, sept députés UMP de Paris ont d'ailleurs déposé un amendement dans ce sens en demandant que le futur réseau de transport améliore également les lignes existantes.