La subtile complexité du plan Geithner

Julien Beauvieux

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Face au périlleux mais nécessaire nettoyage des bilans des banques américaines, pollués par les actifs "toxiques", l'administration Obama espère avoir trouvé une solution en s'associant au secteur privé. Une manière de contourner les difficultés liées à la valorisation des actifs et à l'ampleur de la tâche.

Selon les derniers détails du plan, présenté par le secrétaire au Trésor Timothy Geithner, l'Etat américain fournira entre 75 et 100 milliards de dollars de capitaux provenant de l'enveloppe TARP de 700 milliards votée en octobre. Ces fonds seraient complétés par des capitaux privés et par des prêts de l'agence de régulation bancaire FDIC et de la Fed. Le but est d'organiser le rachat d'actifs pour l'instant logés dans le bilan des banques et autres institutions financières: les portefeuilles de prêts et de créances titrisées.

Les opérations seront réalisées par enchères et devraient permettre le rachat de 500 milliards de dollars d'actifs "toxiques", voire mille milliards si besoin est. Les "acheteurs du secteur privé établiront la valeur des prêts et des titres rachetés selon le programme, ce qui évitera au gouvernement de surpayer les actifs", a justifié Timothy Geithner dans une tribune publié par le Wall Street Journal.

L'écueil du prix de reprise des actifs toxiques est en effet un frein puissant au lancement du nettoyage des bilans des banques américaines. Déjà envisagé en octobre dernier par Henry Paulson, le prédécesseur de Timothy Geithner, le rachat intégral des actifs toxiques par des capitaux publics avait inquiété les élus américains qui craignaient que l'Etat ne soit tenté de les racheter à un prix trop élevé pour soulager les banques.

Autre problème, l'ampleur du nettoyage aurait pesé lourdement sur la dette américaine, qui gonfle déjà considérablement en raison des diverses mesures de relance et notamment les 787 milliards du plan Obama qui se sont ajoutés au 700 milliards du TARP.

Le mécanisme présenté par le Trésor vise précisément à contourner subtilement cette difficulté. La reprise des prêts toxiques s'effectuera via des fonds d'investissement dont le capital sera détenu à parité entre le public et le privé. Pour financer leurs achats, ils émettront de la dette garantie par la FDIC, qui atteindra jusqu'à 6 fois les montants en capital. L'agence aura en outre la charge de réaliser les enchères qui détermineront les investisseurs privés les mieux disant pour participer au projet. Elle supervisera aussi la gestion des titres rachetés qui sera déléguée aux investisseurs privés.

A titre d'exemple, un prêt de 100 dollars racheté 84 dollars sera financé par 6 dollars de capitaux privés, 6 dollars de capitaux publics et 72 dollars de dette.

La démarche pour traiter les "créances titrisées" est sensiblement différente sur la forme, le Trésor ayant mis en place deux schémas distincts. Dans le premier, c'est la Fed, via son programme TALF, qui pourra octroyer des prêts aux investisseurs privés désirant racheter certains actifs comme les ABS. Une décote et des frais seront en échange facturés aux investisseurs, qui devront en outre racheter des actifs notés AAA par les agences au moment de leur émission. Les détails de ce schéma (taux des prêts, taille minimum des prêts) ne sont cependant pas encore totalement arrêtés.

Cette première ébauche est complétée par un plan de deuxième niveau qui sera plus rapidement mis en place. Le Trésor fournira à des managers préalablement sélectionnés ayant levés des fonds privés un montant équivalent d'argent public sous forme de capital. Selon certaines conditions (non précisées), le Trésor pourra par ailleurs octroyer entre 50% et 100% de ces capitaux publics et privés sous forme de prêt.

Dans tous les cas, ces montages complexes visent à éviter au Trésor d'avoir à prendre en charge l'intégralité du nettoyage des bilans des banques et à restaurer un "prix de marché". Le concours du privé est indispensable, mais les investisseurs pourraient être réticents. "Les fonds d'investissement contiennent un apport gouvernemental substantiel qui pourrait devoir être revu à la hausse pour vaincre les réticences des investisseurs liées à de nouvelles représailles du Congrès", explique dans une note de la Société Générale. Ce plan intervient en effet dans un contexte de suspicion de l'opinion et des parlementaires à l'égard des financiers de Wall Street. Une suspicion encore renforcée par l'affaire des bonus d'AIG.