L'efficacité de TARP en question?

Julien Beauvieux

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Les résultats trimestriels de Goldman Sachs, JPMorgan, Citigroup et Bank of America, de bonne facture, alimentent l'idée selon laquelle la fin du tunnel serait proche pour les banques américaines. Pourtant, malgré le soutien du contribuable américain, les banques prêtent toujours aussi peu à l'économie. Entre octobre, date de vote du plan "TARP" et le mois de février, l'encours de crédit à l'économie accordé par les 19 grandes banques aidées par le gouvernement a reculé de 23%. Seulement 174,2 milliards de dollars de nouveaux crédits ou de refinancements de prêts existants ont été octroyés par ces institutions, selon les données recueillies par le Wall Street Journal.

Cette étude peint un tableau nettement plus noir que celui offert par les statistiques mensuelles fournies par le Trésor américain. Les autorités, qui ne fournissent pas d'étude sur 5 mois, notent sur le seul mois de février un repli de 2,2% de l'activité de crédit, contre -4,7% selon les calculs du quotidien. La raison tient au mode de présentation des données, le Trésor raisonnant en termes de médiane statistique (le chiffre qui partage en deux l'échantillon statistique) tandis que le Wall Street Journal s'en tient à la moyenne des nouveaux crédits octroyés.

"Aucune mesure statistique ne peut rendre compte correctement de l'activité de prêts de la nation", a justifié un officiel du Trésor. Les avis des économètres sont pourtant partagés. Tom Fullerton, un économiste de l'Université d'El Paso, a jugé que la médiane permettait de mieux s'abstraire de la volatilité de ces mesures mensuelles. L'économiste David Boyum estime au contraire que seule la moyenne permet d'offrir une vision de l'activité de crédit au niveau global.

Cette querelle de chiffre masque en réalité la polémique qui s'est développée autour du niveau de prêt des banques aidées par le Trésor. Sauvées pour éviter l'effondrement de l'économie américaine, particulièrement dépendante du crédit, les banques sont régulièrement attaquées par les élus quant à leur manque d'entrain à relancer leur activité de financement.

Dans ce contexte, les mesures de recapitalisation "doivent" porter des fruits pour justifier les prochaines mesures envisagées par le secrétaire au Trésor Timothy Geithner. Dans son communiqué mensuel, le Trésor a insisté sur "le niveau global relativement stable des prêts" octroyés par les banques en février. "Sans les injections capitalistiques [réalisées dans le cadre du plan TARP], le crédit aurait baissé de façon nettement plus importante", est-il encore indiqué.

Les prochaines semaines seront particulièrement cruciales pour l'administration Obama. La méthodologie des "stress tests" (ou "tests de résistance") sera présentée jeudi 24 avril. Elle fournira de plus amples détails sur ces examens annoncés le 23 février dernier par Timothy Geithner et destinés à évaluer la santé des principaux établissements bancaires ainsi que leur capacité à résister à une nouvelle dégradation de la conjoncture. Le résultat de ces tests sera présenté le 4 mai prochain.