Royal Bank of Scotland: retour sur un drame bancaire

Jocelyn Jovène

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La vieille dame tremble. En annonçant une perte potentielle de

28 milliards de livres sterling
au titre de 2008 (soit environ 35,1 milliards d'euros), Royal Bank of Scotland, institution fondée en 1727, efface d'un trait dix ans d'efforts et de progression de ses résultats. Face à la crise du crédit, la banque a appelé au secours le gouvernement britannique. Dans le cadre d'un nouveau
plan de sauvetage
de l'industrie bancaire, son capital pourrait être contrôlé à hauteur de 70% par les pouvoirs publics.

Deux pas malheureux sont à l'origine des difficultés actuelles de la banque: une politique de croissance externe qui s'est avérée trop ambitieuse, et une politique de prise de risque mal maîtrisée. Ces deux décisions ont été prises lorsque l'institution était dirigée par Sir Fred Goodwin, remplacé en octobre dernier par Stephen Hester. Ce dernier a bien tenté de défendre son prédécesseur, mais n'a pas échappé

aux foudres des pouvoirs publics britanniques
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La première "erreur", reconnue par les dirigeants de la banque, tient à une politique de croissance externe débridée. En l'espace d'une décennie, les dirigeants de RBS ont dégainé leur carnet de chèque plus vite que leur ombre. Parmi les grandes opérations réalisées figurent le rachat de National Westminster pour 21 milliards de livres en mars 2000, mais surtout l'acquisition d'ABN Amro, en octobre 2007, aux cotés du belge Fortis et de l'espagnol Santander, pour 71 milliards d'euros. Problème: cette opération est annoncée en haut de cycle et finalisée alors que la crise des subprimes vient d'éclater. La banque en minimise l'impact dans un premier temps – elle ne constate qu'une première perte de valeur de 1,25 milliard de livres en décembre 2007. Mais l'amplification de la crise du crédit va alourdir l'addition. Lundi 19 décembre, RBS annonce une perte comprise entre 15 et 20 milliards de livres sterling pour faire face à la perte de valeur de son investissement dans ABN Amro.

La deuxième "erreur" de Royal Bank of Scotland tient à une prise de risque mal contrôlée, dont la banque va payer le prix fort avec la débâcle des marchés immobiliers américain et britannique. En dix ans, la banque a multiplié par 10,5 son produit net bancaire et son bénéfice net a été multiplié par 16. Fin juin 2008, la masse des crédits accordés à ses clients atteignait 807,9 milliards de livres, contre 38,6 milliards fin 1997, soit une multiplication par 21.

La dislocation des marchés financiers à partir du 15 septembre va finalement coûter très cher à la banque. Celle-ci a annoncé une perte d'environ 7 à 8 milliards de livres qui vient s'ajouter aux 15 à 20 milliards de dépréciations d'actifs. RBS aura donc mis beaucoup de temps avant d'admettre ses erreurs. Un constat amer pour son nouveau directeur général qui reconnaissait que l'institution "était trop endetté au mauvais moment".

Depuis l'officialisation du rachat d'ABN Amro, les investisseurs n'ont pu que digérer cette accumulation des difficultés. L'action, qui cotait 457 pence lors de la finalisation du rachat d'ABN Amro fin octobre 2007, ne cote plus que 11,4 pence à la Bourse de Londres.