Où va Sony ?

Jocelyn Jovène

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Où va Sony? La question semble incongrue lorsque l'on parle de l'un des plus gros fabricants de produits d'électronique grand public au monde, disposant d'une des offres les plus étendues et reconnu pour sa capacité d'innovation. Et pourtant, ce géant a des pieds d'argile. Au terme de l'exercice clos le 31 mars 2009, Sony a enregistré une perte d'exploitation de 1,6 milliard d'euros, et table sur une perte de 776 millions d'euros pour l'exercice en cours.

A titre de comparaison, Samsung Electronics a dégagé un profit d'exploitation au cours des trois premiers mois de l'année 2009, alors que Sony a enregistré une très lourde perte opérationnelle. A la différence du japonais, le coréen dispose de position de leader dans la plupart des marchés où il est actif -qu'il s'agisse des écrans plats, des téléphones mobiles ou des semi-conducteurs. Sa domination sur ces différents marchés de l'électronique et de l'informatique a permis à Samsung de venir progressivement marcher sur les plates-bandes du japonais, avec un certain succès.

Sony doit donc se réinventer et en premier lieu revoir de fonds en comble son organisation. Howard Stringer, le PDG du groupe arrivé en 2005, reconnaissait en août dernier, dans un entretien au quotidien Die Welt, que l'éradication des baronnies au sein du groupe commençait à prendre forme. La dernière touche semble avoir été appliquée récemment avec la reprise en main de la division électronique, qui reste le principal foyer de profits -et de pertes- du groupe.

La division électronique a du mal à trouver un chemin de croissance durable et rentable. En 10 ans, cette division est tombée dans le rouge à cinq reprises. Au fil des ans, elle a eu beaucoup de difficultés à instaurer un format standard dans l'audiovisuel. Sony a ainsi pris avec retard le virage des écrans plats. Il s'est récemment imposé face à Toshiba dans la bataille des formats de disque vidéo haute définition, avec son standard Blu-Ray qui s'est finalement imposé. Mais les ventes de lecteurs Blu-Ray et de graveurs commencent tout juste à se développer et il n'est pas certain qu'elles puissent, à elles seules, compenser le recul des ventes des autres segments du groupe, qu'il s'agisse des appareils photo numérique compacts, des caméras vidéo ou des lecteurs musicaux.

De même, malgré sa présence dans les contenus (films, musique), Sony doit également relever le défi d'Internet et montrer sa capacité à gagner de l'argent au moment où les ventes de supports physiques reculent fortement. En prenant davantage de responsabilités à la tête du groupe japonais, Howard Stringer aura de moins en moins droit à l'erreur. Il va surtout devoir montrer qu'en dehors de réduire les coûts chez Sony, il est en mesure de trouver d'autres moyens pour faire croître les résultats du géant japonais de l'électronique.