Afrique: première baisse du revenu par habitant depuis 1994

T.V avec AFP

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Pourtant nullement exposés aux risques financiers, les pays africains risquent de payer un lourd tribut à la crise. "Si dans les pays développés, la crise se traduit par des pertes d'emplois, dans les nôtres, c'est une question de vie ou de mort, avec en particulier les risques de multiplication des conflits et de crises qui menacent la paix mondiale", a affirmé mercredi à Dakar le président de la Commission de l'Union africaine (UA) Jean Ping.

"Pour la première fois depuis 1994, la croissance du revenu par habitant sera négative pour le continent pris dans son ensemble", a indiqué cette semaine à Dakar le président de la Banque Africaine du Développement (BAD), le Rwandais Donald Kaberuka, lors des assemblées annuelles de la banque.

Au premier trimestre 2009, 26 pays africains (sur 53), ont déjà connu une croissance économique inférieure à leur croissance démographique, se traduisant par une baisse du revenu par habitant.

"Les canaux de transmission de la crise mondiale en Afrique sont bien connus: l'affaiblissement de la demande extérieure de matières premières entraîne des pertes énormes en revenus d'exportation, les transferts des émigrés installés en Europe et à l'étranger vers leurs familles accusent une forte baisse et des pans entiers de la finance s'écroulent", analysait Jean-Michel Severino, le directeur général de l'Agence Française de Développement (AFD), jeudi 14 mai, au cours d'une conférence de presse.

Chute des exportations

Les grands pays exportateurs de pétrole devraient enregistrer les plus fortes pertes, en termes absolus, notamment l'Algérie et le Nigeria, qui représenteraient à eux deux des pertes estimées à 4,6 milliards de dollars. Quant à la Zambie et la République démocratique du Congo (RDC), grands exportateurs de minerais, leurs exportations "pourraient enregistrer en 2009 des pertes de 6 millions de dollars US", estime la BAD. En Ouganda, deuxième principal producteur de café africain après l'Ethiopie, "les exportations de café robusta étaient en mars 2009 de 34% inférieures à leur niveau de l'an dernier, soit 23,9 millions de dollars contre 36,3 millions", soulignent les experts de la banque africaine.

Du côté des banques, les établissements africains n'ont pas subi de pertes liées à la crise des subprimes en raison de leur exposition nulle à ces produits mais elles affrontent les effets de second tour de la crise (baisse de la consommation et de l'investissement). De plus, la montée de la sinistralité des entreprises risque d'entraîner logiquement un durcissement des conditions d'octroi de crédit et de fonds propres aux PME, un problème déjà récurrents des circuits de financements", ajoute t-il.

Crise de développement

"Le point le plus préoccupant est qu'avec l'approfondissement de la récession, la crise de croissance peut se transformer en crise de développement. La crise peut remettre fondamentalement en cause le programme de réduction de la pauvreté du continent", souligne un document de la BAD intitulé "L'Afrique et la crise économique mondiale, stratégies pour préserver les fondements de la croissance à long terme".

"Les risques de la crise pèsent lourds aussi sur les avancées démocratiques que nous avons enregistrées récemment", a averti le président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping car "ventre creux n'a point d'oreille".

Des pays en forte croissance

Mais, la banque africaine a voulu rester optimiste en soulignant que, pour 14 pays, la croissance est restée vigoureuse, dépassant les 5% au premier trimestre. Parmi les points forts de l'économie africaine, Jean-Michel Severino, DG de l'AFD, met en avant "un marché intérieur suffisamment puissant pour amortir le recul de la demande extérieure et de bonnes récoltes agricoles en prévision cette année due à une bonne saison des pluies". Le président de la BAD, le Rwandais Donald Kaberuka, s'est dit convaincu que "sur le long terme, les perspectives étaient prometteuses pour l'Afrique".

De son côté, le président sénégalais Abdoulaye Wade a appelé le continent à intensifier ses relations avec l'Asie, notamment la Chine et l'Inde, car selon lui "l'Europe se désengage de l'Afrique". Et "cela sera bientôt le développement vers le Brésil", a-t-il lancé.