Le projet de loi audiovisuel suscite réticence et opposition

Catherine Vincent avec AFP

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Les députés de l'opposition ont annoncé ce mercredi le dépôt de multiples amendements contre le projet de loi sur l'audiovisuel public, à l'occasion d'une audition en commission de la ministre de la Culture Christine Albanel et du secrétaire d'Etat au Budget Eric Woerth. Le projet de loi sur l'audiovisuel prévoit à terme la suppression de la publicité sur les sociétés de service public et la désignation de leurs présidents par décret.

Député socialiste de la Nièvre, Christian Paul n'a pas hésité à qualifier le projet "d'horreur politique" et "d'erreur économique". "Nous sommes en train de voir s'organiser un recul du pluralisme" audiovisuel, a-t-il déclaré. Christian Paul a notamment dénoncé une "reprise en main budgétaire" du service public et le mode de désignation du président de France Télévisions, qui ramène "25 ans en arrière". Il envisage en outre de proposer un amendement qui "pénalise les ingérences (de l'Etat) sur le contenu des chaînes et leurs programmes".

Concernant "l'erreur économique" liée à la suppression de la publicité, il a mis en garde contre une "déstabilisation" de France Télévisions. Il a évoqué "l'inquiétude" des annonceurs, qui voient "deux ou trois groupes totalement structurants dicter leur loi sur le marché de la publicité". De son côté, le député Verts Noël Mamère a trouvé "choquante" la nomination du président de France Télévisions par le président de la République et annoncé qu'il proposerait des amendements au texte, avec les autres députés de l'opposition.

Une idée de Nicolas Sarkozy

Plusieurs députés, de tous bords, ont souligné qu'il n'y avait pas urgence à voter ce projet, dont ils se saisiront le 25 novembre prochain. Ils ont souhaité un délai supplémentaire de trois mois avant le vote. Certains ont lancé aux ministres n'être pas assaillis de demande de suppression de la pub sur France Télévisions dans leur circonscription. D'autres remarquent que l'équilibre des médias est un château de cartes. Enlevez en une, elles tomberont toutes.

Or la presse et les radios mettent en garde le gouvernement sur les effets dévastateurs d'une telle réforme dans l'environnement économique actuel. Pour autant, le gouvernement ne devrait pas reculer. Il s'agit d'une idée du président de la République himself, très inspiré par Alain Minc. Et cette évolution devrait favoriser l'émergence d'un grand groupe multimédias auquel il tient.

Une ressource garantie et pérenne

Pour sa part, Christine Albanel a rejeté l'idée que le but du projet soit de "casser France Télévisions". "C'est absurde", a-t-elle insisté. Elle a par ailleurs souligné "l'indépendance d'esprit extrême des rédactions de France 2 et France 3". Enfin, elle a estimé que la réforme du mode de nomination du président de France Télévisions ouvrait la "possibilité de faire appel à des candidats qui ne l'auraient pas été dans l'ancien système".

De son côté, Eric Woerth s'est félicité d'un projet qui assure à France Télévisions une ressource garantie et pérenne, par le biais de la redevance et du budget, en lieu et place d'une ressource "incertaine" liée à la publicité.