Les loyers des ministères

Anne-Sophie Galliano

— 

Place Vendôme ou le siège prestigieux de Canal+. Les ministères ne lésinent pas pour assurer un cadre de vie agréable et des localisations prestigieuses à leurs fonctionnaires. Un peu trop peut-être selon le député Yves Deniau, rapporteur spécial sur le projet de loi de Finances pour 2009.

Particulièrement mis à l'index: les locaux du Ministère de la Justice. Il "a essaimé sur plusieurs implantations situées dans un périmètre proche de la place Vendôme, c'est-à-dire dans un des quartiers les plus chers de Paris" note le rapport, qui soulève que ce ministère a aussi "loué l'ancien siège de Canal+ sur le font de la seine dans le 15ème arrondissement de Paris".

Mieux encore, le pôle financier du tribunal de grande instance de paris (TGI) a renouvelé début 2008 le bail qu'il occupe rue des Italiens, dans l'ancien immeuble du journal Le Monde, racheté en 2007 par un fonds de pension. Ce dernier, six mois avant l'échéance du bail, avait laissé au ministère le choix de déménager ou d'accepter une augmentation de loyer de 32%. Pris de court, le TGI a accepté. Difficile de les déloger sachant que les travaux réalisés en 1999 pour recevoir le TGI ont coûté 5 millions d'euros. "Les services de la Justice estiment qu'au jour d'aujourd'hui les travaux d'aménagements spécifiques pour héberger le pôle financier du TFI de Paris dans un immeuble standard de 6.000 mètres carrés s'élèveraient à 17 millions d'euros", précise le rapport. Un chiffre non vérifiable, selon le rapporteur.

Au total, le ministère de la Justice a dépensé 25,8 millions d'euros en 2007 de loyers pour ses sites parisiens. "Le bail annuel de l'immeuble du boulevard de la Madeleine s'élève à 1.916 euros le mètres carrés en surface utile nette, et quatre autres sites ont des loyers supérieurs à 1.000 euros le mètres carrés", insiste le rapport.

Le ministère de la Justice n'est pas le seul à être épinglé. Le ministère des affaires étrangères caresse l'espoir de construire un centre de conférences internationales sous l'esplanade des Invalides, pour un budget estimé à 100 millions d'euros.

Là aussi, ce ministère n'est pas regardant sur les dépenses. En 2007, il a racheté l'ancien immeuble de l'Imprimerie nationale, situé rue de la Convention dans le 15ème arrondissement, pour 325 millions d'euros (HT), auquel le ministère a dû rajouter 31 millions d'euros de travaux d'aménagements. Ce même immeuble que l'Etat avait vendu 85 millions d'euros en 2003, selon un rapport de l'inspection générale des finances.

Le ministère de l'Ecologie, lui, se verrait bien dans une nouvelle tour dans le quartier de la Défense. Coût du rêve: 700 millions d'euros.

Les immeubles coûtent cher et le manque d'entretien encore plus. Le ministère de la Santé qui occupe l'immeuble Ségur-Fontenoy à Paris n'a pas entretenu correctement ses locaux. La rénovation profonde du site a donc coûté plus de 175 millions d'euros. Plus globalement, une étude effectuée en 2007 par Ineum et CB Ricard Ellis sur 173 immeubles domaniaux en région d'Ile de France avait estimé à 400 millions d'euros les travaux de remise en état.

Dans les années à venir, l'Etat doit aussi mettre ses locaux aux normes définies par le Grenelle de l'Environnement. "Selon les estimations, le coût total de la rénovation thermique est estimé à 24 milliards d'euros, dont 10 milliards d'euros pour l'Etat seul", souligne le rapport. L'immobilier étatique: un gouffre!