Comment paiera-t-on demain?

Julien Beauvieux

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L'innovation en termes de moyens de paiements ne s'est jamais arrêtée depuis l'invention de la carte à puce dans les années 70. La multiplication des types de cartes, la simplification du processus d'achat et la sécurisation des transactions ont révolutionné la façon dont les consommateurs règlent leurs achats. Vient aujourd'hui le temps de la personnalisation des supports et de la convergence entre les cartes et le téléphone.

Pour Ludovic Denis, président de Monext, "l'objectif est aujourd'hui de faciliter le quotidien des consommateurs, qui acceptent de plus en plus des modes de transaction dématérialisés". La généralisation du "paiement sans contact", déjà en place sur les péages d'autoroute, permettra ainsi d'authentifier le porteur au moment de la transaction sans avoir à taper un code secret. "On va vers une carte de plus en plus spécifique qui détient un maximum d'informations" pour offrir une "segmentation et une identification du consommateur', explique le dirigeant.

Le portable, outil de transaction

Ce nouveau mode de fonctionnement utilise encore le support carte bleue, mais l'avenir est également au paiement par téléphone mobile. "C'est un point clé dans l'évolution des modes de paiements", plaide Ludovic Denis. "Le téléphone portable peut devenir un outil de transaction", mais cela pose "la question de la convergence entre les opérateurs, les banquiers et les commerçants", nuance-t-il. Bien implanté au Japon, ce système peine en effet à se développer en France, qui devra rattraper son retard. Mais les perspectives sont considérables, avec plus de 300 milliards de dollars de facturations dans le monde d'ici 2013, selon le cabinet Jupiter Research.

"Techniquement, il n'y a pas de barrières. Les barrières sont plutôt réglementaires", estime Philippe David. L'enjeu réglementaire est justement au cœur de la création d'un espace européen des paiements. Les banques françaises proposent déjà à leurs clients depuis le 28 janvier 2008 le virement SEPA, acronyme de Single euro payments area (Espace unique de paiements en euros), qui permet de réaliser cette opération aussi simplement dans l'UE qu'en France. Dans le cadre de la directive sur les services de paiement (DSP), qui doit être transposée en droit français début novembre 2009, le système SEPA sera par la suite étendu aux cartes de crédit, cartes de débit et prélèvements bancaires. Et sûrement aux modes de paiement du futur.

Rappel historique

Alors, la carte bleue appartient-elle déjà au passé? Pas vraiment. Tout a commencé en 1974, quand le Français Roland Moreno brevette une invention novatrice. Son idée est simple: loger dans l'épaisseur d'une carte un circuit intégré permettant de stocker des données bancaires et de communiquer avec des circuits électroniques extérieurs. C'est la puce. Généralisées par le Groupement Cartes Bancaires au début des années 90, les cartes bancaires se sont depuis imposées comme un moyen de paiement de tous les jours. "On utilise sa carte pour des montants différents d'il y a quelques années", explique Philippe David, responsable Banques chez la société spécialisée en monétique Monext.

En 2008, 57,5 millions de cartes bleues circulaient en France, soit 26% de plus qu'en 2002, pour 7,75 milliards d'opérations (+46,1%) et 412,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires (+55,2%), selon le rapport annuel 2008 du Groupement Cartes Bancaires. Les principales raisons de cette croissance ininterrompue tiennent à l'acceptation toujours plus large de la carte bancaire par les commerçants, mais aussi la sécurisation des transactions. Dans ce domaine, la généralisation du protocole 3D Secure, qui permet de renforcer les contrôles pour lutter contre l'utilisation frauduleuse de cartes bancaires.

Co-branding

"La simplicité d'utilisation de la carte bancaire contraste avec le temps de traitement et l'authentification qu'il y a derrière ce processus", note Philippe David. Et l'avenir ne s'annonce pas moins riche en innovations, tout d'abord marketing, avec la libéralisation en France en 2007 des cartes "co-brandées" (cartes MasterCard Galeries Lafayette, Carte Visa Nouvelles Frontières,…). D'ici 2012, 10 à 15% des cartes émises devraient être co-brandées, selon MasterCard. Avec à la clef des offres promotionnelles, des facilités de paiements et des points de fidélisation.