Travail dominical: le gouvernement rassure-t-il?

D.H. avec AFP

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L'examen du texte de Richard Mallié (UMP) a débuté mardi 7 juillet à 09H30 dans une ambiance tendue, sur fond de polémique avec l'opposition qui craint une généralisation du dispositif. Juste avant le début de la séance, plusieurs amendements de dernière minute ont été intégrés au texte, avec l'assentiment du gouvernement, pour tenter de rassurer les députés UMP.

Commune d'affluence touristique

L'un a substitué à la notion de "communes touristiques", qui donne lieu à des interprétations contradictoires, celle de "commune d'affluence touristique", plus restrictive. Le texte permet en effet à tous les commerces de détail de ces communes d'ouvrir, sur demande du maire et décision du préfet, tous les dimanches de l'année, sans contrepartie obligatoire pour les salariés. Quelque 500 communes sont concernées selon le gouvernement et Richard Mallié, mais 6.000 selon le Parti socialiste.

Négociation pour contreparties

Autre mesure adoptée en commission: l'obligation d'une négociation entre organisations de salariés et organisations patronales, afin de prévoir des contreparties.

Xavier Darcos, ministre du Travail, a défendu un texte qui "protège les salariés", "soutient les entreprises" et "répond aux attentes de la très grande majorité des Français". Un sondage paru dans Libération mardi montre cependant que 55% se disent contre le travail le dimanche.

Payer double

Sur les contreparties, Xavier Darcos a expliqué qu'il y aurait "des conventions salariales qui permettront de régler la manière dont les salariés seront mieux protégés, mieux payés et qu'à défaut d'accord on pourra les payer double". Le texte prévoit des compensations obligatoires (doublement de salaires, repos compensateur) pour Paris, Lille, Marseille (il ne concernera pas Lyon). En revanche aucune contrepartie n'est obligatoire dans les communes d'affluence touristique.

Parisot regrette

Un autre argument gouvernemental, que le dispositif serait créateur d'emplois, a reçu un accueil mitigé de Laurence Parisot (Medef) selon laquelle il ne représentera qu'"une petite contribution à la sortie de crise". Elle a même regretté que l'exécutif n'ait pas laissé partenaires sociaux et élus se mettre d'accord localement, comme le prévoyait une version antérieure du texte, déjà remanié trois fois.

Incidence nulle sur l'emploi

Le MoDem de François Bayrou est encore plus catégorique : le texte "ne peut en aucun cas relancer la consommation ou dynamiser l'emploi et l'économie". La CGT développe les mêmes arguments : il aura une incidence "nulle" sur l'emploi, les salariés et la consommation.

Mardi, à l'Assemblée, la gauche a continué de mener la charge, et le patron des députés PS Jean-Marc Ayrault devait prendre longuement la parole pour défendre le modèle social français et dénoncer à nouveau un texte qui généralisera selon lui à terme le travail dominical dans de très nombreuses communes, en particulier à Paris, où de surcroît ce sera le préfet qui décidera, et non le maire.

Soutien de Lula

Principal promoteur du travail du dimanche, Nicolas Sarkozy a en revanche reçu, dans la matinée, le soutien inattendu du président brésilien Luis Inacio Lula da Silva, ancien syndicaliste marqué à gauche. "Je n'imagine pas une ville telle que Paris (...) où un Brésilien ne pourrait pas faire ses achats le dimanche (...) Ca permet de créer des emplois", a dit Lula, reçu à l'Elysée.