Coca-Cola, médecine et réseaux

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Quel est le rapport entre Coca-Cola et l'imagerie médicale ou la chirurgie? Ils vont tous connaître des changements radicaux dans les années à venir à mesure que la vitesse des réseaux informatiques augmentera. On ne parle pas de l'augmentation régulière des capacités de transmission de données que chacun peut mesurer lorsque son abonnement ADSL passe de 8 à 16 mégabits par seconde et qui se traduisent par des améliorations de services existants (davantage de canaux pour la télévision, des images en HD). Là, il est question de réseaux dont la puissance mais aussi la fiabilité ouvrira tout un champ d'applications nouvelles.

Il y a quelques semaines, le bureau de Toronto du Boston Consulting Group a publié un document intéressant (lire ici), fruit d'une étude sur "la bande passante infinie" menée avec une soixantaine d'entreprises du secteur réparties dans le monde entier. La thèse centrale: la baisse des prix des réseaux combinée à l'accroissement de leurs capacités a dans un premier temps accru la productivité et l'efficacité des entreprises et dans un deuxième temps réduit considérablement les coût. Aujourd'hui, explique George Stalk, "senior consultant" du BCG -et aussi professeur de management à l'université de Toronto- un clivage va se dessiner entre les entreprises qui vont poursuivre la réduction des coûts et celles qui vont investir dans ces réseaux rapides pour changer en profondeur leur modèle économique.

Stalk cite l'exemple de Coca-Cola au Japon qui est passé par trois phases: réduction de coûts, réévaluation et enfin reconstruction de son modèle d'affaires. Cela s'est fait par le biais (peu sexy) des dizaines de milliers de distributeurs de boissons que la marque exploite dans l'archipel. Une première étape a consisté à rendre ces machines communicantes: elles étaient en mesure de signaler au fournisseur le niveau de leur stock, ce qui permettait une optimisation de l'approvisionnement.

La seconde étape a consisté à analyser la température ambiante par des capteurs, à intégrer l'heure et le jour de la semaine pour introduire un système de prix variables de la canette (il n'y a pas de petites économies, ni de limites au cynisme mercantile). Mais c'est surtout la collecte de données sur les consommateurs qui a ravi les stratèges du vendeur de boissons. Cette collecte est devenue possible lorsque Coke a permis le paiement des canettes au moyen d'un téléphone portable (son usage en porte-monnaie électronique est répandu du Japon, en Corée et... en Estonie).

D'un seul coup, explique George Stalk, Coca-Cola a pu engranger dans ses bases de données le nom de ses clients et partant de là, des monceaux de données précieuses pour le marketing de ses produits au Japon. En investissant plus massivement et plus vite que ses concurrents, Coca-Cola a considérablement amélioré ses performances sur ce marché (ouvrons un Pespi et trinquons).

Le Boston Consulting Group mentionne aussi un secteur plus noble que la vente d'eau sucrée, pétillante et marron (vu comme ça...). L'imagerie médicale est un marché hautement capitalistique, avec des investissements colossaux et des rendements assujettis à bon nombre de facteurs, comme par exemple la qualité des praticiens qui exploitent les appareils et celle des centres hospitaliers qui les hébergent.

Selon le BCG, l'imagerie médicale est l'archétype du secteur qui tirera de multiples profits (pas seulement financiers) d'une décentralisation complète. D'un seul coup, l'examen médical, l'analyse des images pourront s'effectuer sur des sites différents, le diagnostic étant mené de façon collaborative (donc plus fiables) avec des praticiens spécialisés éventuellement séparés par des centaines de kilomètres les uns des autres. En théorie, tout le monde y gagne. Les appareils d'imagerie sont installés dans des unités plus petites dont la fonction est simplement de collecter les clichés, tandis que le diagnostic est effectué dans des centres hospitaliers où les compétences sont multiples à portée de main.

Dans le domaine de la médecine (là, on sort du rapport du BCG), le saut décisif viendra de la convergence de la puissance des réseaux et les progrès de la robotique chirurgicale. Pour en avoir une idée, il suffit de voir cette présentation effectuée par un chirurgien spécialisé en robotique lors de la conférence TED et qui montre les performances du robot chirurgical DaVinci. Le ou les chirurgiens (ils peuvent être deux comme c'est le cas pour les procédures complexes) opèrent le patient depuis une console distante avec la même précision qu'ils le feraient en manipulant directement les instruments (une brève démo est ici et pour ceux qui ont le coeur bien accroché, des vidéo plus "graphiques" sont ici).

Les gestes du médecin sont convertis en signaux binaires et interprétés par un logiciel. Le DaVinci est utilisé pour les interventions de chirurgie classiques comme pour la micro-chirurgie.

On l'a compris: aujourd'hui, la console n'est qu'à quelques mètres du patient. Demain elle pourra être à des centaines de kilomètres. Ce n'est qu'une question de réseau (et de confiance).