L'Espagne s'enfonce dans la crise

E24 (avec AFP)

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En 12 mois à peine, l'Espagne est passée du statut de pays européen cité en exemple pour sa croissance à celui de pays européen souffrant le plus de la crise. Et comme l'a indiqué mi février le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, le pays "n'a pas encore touché le fond". Pourtant, la situation est déjà critique.

En février, le chômage a de nouveau connu un pic avec 154.058 demandeurs d'emploi supplémentaires par rapport à janvier. Au total, fin février, l'Espagne comptait 3.481.859 personnes au chômage, un record depuis au moins 1996, date du début du calcul du nombre de demandeurs d'emplois selon cette méthodologie. Le nombre de chômeurs a également fortement progressé sur un an, avec 1,66 million de chômeurs de plus qu'en février 2008, soit une hausse de 50,28%. Et selon le gouvernement, le taux de chômage devrait atteindre 15,9% à la fin de l'année, soit exactement le double de celui de l'été 2007 (7,95%) quand il avait touché un niveau plancher.

Après plus de dix ans de forte croissance économique, alimentée notamment par une activité frénétique dans le secteur immobilier, l'Espagne a brutalement plongé dans la crise économique et est entrée en récession fin 2008. Le taux de chômage espagnol, publié chaque trimestre, illustre aussi la détérioration du marché du travail. Il a atteint 13,91% de la population active au quatrième trimestre 2008, le plus élevé de l'Union européenne. Selon les chiffres de l'office européen des statistiques Eurostat, le taux de chômage espagnol s'est élevé à 14,8% en janvier, le plus élevé de la zone euro.

Par secteurs en février, les services ont été particulièrement touchés, avec 88.654 chômeurs supplémentaires, soit 4,64% de plus qu'en janvier, suivis par la construction (+24.600 chômeurs, en hausse de 4,05% sur janvier) et l'industrie (+22.343 chômeurs, 5,18% de plus). L'Espagne comptait fin février 1,75 million d'hommes au chômage, 82.734 de plus que le mois précédent, et 1,73 de femmes sans emploi (71.324 de plus).

Les entreprises du bâtiment et les constructeurs automobiles implantés en Espagne multiplient les mesures de chômage technique ou de réductions d'effectifs. Il faut avouer que l'automobile espagnole se porte particulièrement mal. Le marché a continué sa plongée, avec pratiquement deux fois mois d'immatriculations de voitures neuves en février qu'il y a un an.

Et les apparentes bonnes nouvelles en cachent de mauvaises. Par exemple, le déficit commercial de l'Espagne s'est réduit de 29,5% sur un an au mois de décembre 2008, à près de 7 milliards d'euros, et a enregistré un recul de 4,9% sur l'ensemble de 2008, première baisse depuis 2002. Une situation qui est due au violent coup de frein des importations et non à la hausse des exportations de produits espagnols. Au cours du seul mois de décembre, les exportations ont reculé de 7,4% à 13,1 milliards d'euros, alors que les importations ont affiché un repli de 16,5% à 20 milliards d'euros.

Certes, l'Espagne compte toujours sur plusieurs atouts: un système bancaire solide ou de saines finances publiques, héritées des excédents engrangés ces dernières années. Pour autant, les comptes publics de l'Espagne ont été déficitaires en 2008 à hauteur de 41,8 milliards d'euros, soit 3,8% du produit intérieur brut (PIB), pour la première fois dans le rouge après trois exercices excédentaires, selon le gouvernement. Raison pour laquelle l'Espagne figure parmi les pays visés par les procédures de la Commission européenne pour déficit excessif. En 2007, les comptes publics (administration centrale, collectivités, Sécurité sociale) avaient enregistré un excédent de 2,2% du PIB.

Pour 2009, le gouvernement prévoit des déficits publics représentant 5,8% du PIB, notamment à cause des mesures de relance de l'économie qu'il va mettre en oeuvre. Il s'attend à une contraction du PIB de 1,6%. La dette publique de l'Espagne reste, elle, nettement inférieure à la moyenne européenne, et était de 39,4% du PIB en 2008, en progression de trois points sur 2007, selon le ministère de l'Economie.