Natixis, fin d'un feuilleton?

Guillaume Guichard

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Natixis peut souffler. La garantie de sa maison-mère Banque Populaire Caisse d'Epargne sur ses actifs toxiques la soulage d'une incertitude majeure. Après plusieurs mois de suspense.

Depuis le début de la crise, Natixis traine comme un boulet un portefeuille à risque de 33 milliards d'euros (à fin mars). Ces actifs toxiques et illiquides ont été regroupés dans une structure de cantonnement visant à isoler les risques attachés. Les résultats de l'établissement n'en ont pas moins été plombés par cette structure, la banque perdant 2,8 milliards d'euros en 2008 et 1,8 milliard sur le premier trimestre 2009.

Pour faire face à un environnement dégradé et résorber ses pertes, Natixis a initié un plan de restructuration, décidant notamment "d'interrompre l'essentiel des activités de compte propre et de produits dérivés les plus complexes", a expliqué la banque lors de la présentation de ses résultats annuels en février.

Mécontentement

Mais la valeur en Bourse de Natixis n'a pas décollé pour autant. Introduit en 2006 à une valeur de 19,55 euros par action, le cours ne valait plus, à la mi-mars, que 1,14 euro. Symbole du mécontentement des actionnaires, 90 petits porteurs chapeautés par l'Association pour la défense des actionnaires minoritaires (Adam), ont porté plainte, s'estimant lésés par les conditions d'entrée en Bourse de la banque, détenue en majorité par Banque Populaire et Caisse d'Epargne.

Summum de la tension régnant parmi l'actionnariat de Natixis, l'assemblée générale du 30 avril a vu les petits porteurs se rebiffer contre la direction et notamment contre François Pérol, dont la nomination à la tête du nouvel ensemble fusionné BPCE avait été fortement contestée du fait de ses précédentes fonctions auprès de Nicolas Sarkozy à l'Elysée.

Rumeurs de retrait

Dans cet environnement hostile, Natixis tente depuis début juillet d'assurer son avenir. Soutenue par sa maison-mère, la banque a lancé une opération pour renforcer ses fonds propres à l'issue de laquelle la BPCE a émis pour 1,47 milliards d'euros de nouveaux titres, rachetant au passage les titres décotés de Natixis.

Restait toujours à régler le problème des 33 milliards d'euros d'actifs toxiques. A ce sujet, les rumeurs se sont multipliées début août tirant le cours de Bourse à la hausse -l'action a gagné plus de 10% entre fin juillet et la mi-août. Les analystes estimaient en effet qu'un retrait de la cote n'était pas impossible. Dans ce cas, les actionnaires auraient pu empocher une plus-value. Natixis a démenti tout projet de retrait le 11 août.

Garantie de BPCE

Autre raison de ce rebond en Bourse, les analystes s'attendaient à ce que Natixis dévoile, lors de la présentation de ses résultats initialement prévus le 27 août, un moyen de se débarrasser des risques liés à son portefeuille d'actifs toxiques. Les révélations des Echos de mardi 25 août leur ont donné raison, le quotidien économique indiquant que BPCE devrait garantir les pertes générées par la structure de cantonnement.

Mais les investisseurs attendent encore beaucoup de la prestation des dirigeants lors de la présentation des résultats du deuxième trimestre avancée au 26 août pour croire en l'avenir de la banque. Les analystes de Crédit Suisse espèrent par exemple qu'"un nouveau modèle d'affaires durable" sera alors dévoilé. Leur vœu sera-t-il exaucé? Réponse dès demain.