Citigroup gobe une pilule empoisonnée

Julien Beauvieux

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Raisons fiscales. Citigroup, l'une des banques les plus touchées par la crise financière, a mis en place un mécanisme de pilule empoisonnée pour continuer de bénéficier de substantielles économies d'impôts.

La banque, dont l'Etat fédéral va détenir 34% du capital, a souhaité que la refonte de son capital n'altère pas son actionnariat. Elle a annoncé mercredi 10 juin le lancement de la conversion en actions ordinaires de 58 milliards de dollars de titres hybrides détenus par des investisseurs privés. Ces derniers y partciperont à hauteur de 33 milliards. L'opération, dont les grandes lignes avaient été rendues publiques en février, puis précisées début mai, devrait s'achever le 24 juin sous réserve d'une possible prolongation.

Déficits reportables

Pour éviter tout changement majeur de l'actionnariat à la suite de cette émission de titres, le conseil d'administration de Citigroup a pris une mesure visant à dissuader tout actionnaire de s'emparer de plus de 5% du capital, ou tout actionnaire possédant déjà 5% ou plus d'accroître sa participation. L'objectif est de respecter la loi fédérale en matière de déficits reportables. Selon les textes américains, des changements importants dans l'actionnariat de Citigroup pourraient empêcher le groupe de déduire de ses bénéfices futurs les importantes pertes constatées en 2008, pour éviter d'être imposable ou de réduire le montant de l'impôt payé.

Pour atteindre cet objectif crucial, le groupe va, à la fin de l'opération, octroyer à chaque actionnaire un dividende extraordinaire. Ce dernier sera constitué d'un nombre d'options d'achat équivalent au nombre d'actions détenues. Ces options permettront d'acquérir des actions préférentielles avec une ristourne de 50% par rapport au prix de marché.

Dissuasion

Grâce à ce mécanisme, activé dès qu'un titre changera de main, Citigroup espère dissuader d'éventuels investisseurs opportunistes, comme les fonds spéculatifs (hedge funds), de monter à son capital. Toute transaction gonflera le nombre de titres potentiellement convertibles, et aura donc un effet dilutif contreproductif pour l'actionnaire opportuniste.

Outre cet aspect, la réussite de l'opération est incontournable pour la banque. L'échange devrait en effet permettre à Citigroup de renforcer son capital de manière à répondre aux exigences du régulateur. Ce dernier avait identifié un besoin de fonds propres de 5,5 milliards de dollars à l'issue de ses "test de résistance" publiés au début du mois dernier.