RLD: Quel patrimoine et pour qui?

Anne-Caroline Berthet

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Homme d'affaire reconnu comme talentueux, Robert Louis-Dreyfus, décédé samedi 4 juillet 2009, était classé au 5ème rang des fortunes françaises et au 77ème rang parmi les 300 plus grosses fortunes de Suisse. Il laisse un patrimoine conséquent à sa femme et ses trois fils.

Tout au long de sa carrière, Robert Louis-Dreyfus a su investir là où il le fallait et au bon moment. Lors de sa mort, ce passionné de football avait déjà réglé une partie de sa succession.

Pas de vente pendant 99 ans

Sa femme, Margarita, et ses 3 fils, Eric, Maurice et Kirill âgés d'une vingtaine d'années, sont les héritiers de ce vaste empire. Mais pour éviter tout éclatement Robert Louis Dreyfus avait créé une fondation, un "trust", dirigé par des conseillers extérieurs à la famille. Chacun de ses héritiers perçoit ainsi des dividendes de la fondation mais aucune vente des titres n'est possible durant les 99 prochaines années.

Successeur

Dès 2007, RLD désigne Jacques Veyrat, polytechnicien de 48 ans, comme son successeur à la tête Louis-Dreyfus SAS. En tant que "trustee" Jacques Veyrat gèrera la fondation mais accompagné de Margarita Dreyfus et de Erik Maris, associé-gérant de la banque Lazard et proche banquier de Robert-Louis Dreyfus.

Mais pour ce qui est de la société Eric Soccer et donc de l'Olympique de Marseille, l'avenir est plus incertain. Si la femme et les enfants du défunt ont annoncé dans plusieurs médias vouloir poursuivre l'œuvre de Robert Louis-Dreyfus il reste à déterminer s'ils souhaiteront vraiment s'investir dans la direction de la société ou bien si cette dernière rejoindra le groupe familial.

Conglomérat

Héritier du groupe Louis-Dreyfus, présent dans le négoce de produits agricoles, la construction et le transport maritimes, Robert Louis-Dreyfus réussit à étendre l'empire familial, en reprenant Adidas en 1993 ou en créant de toutes pièces certaines activités, comme les télécommunications, avec la création de LDCom en 1998, ou les énergies renouvelables.

Il ouvre ainsi la plus grande usine au monde de biodiesel à base de soja, aux Etats-Unis, à Claypool dans l'Indiana. Il développe une société de promotion immobilière spécialisée dans le marché américain des bureaux. Il joue également un rôle dans le développement de la concurrence sur le marché français de l'électricité, en étant actionnaire et administrateur du fournisseur d'énergie alternatif Direct Energie. Pour éviter tout risque d'éclatement du groupe familial Louis-Dreyfus, "RLD" rachète en 2007 les parts de ses deux sœurs, et devient majoritaire à 51%.

OM

Passionné de football, il prend le contrôle de l'Olympique de Marseille en 1996, club porté par la société Eric Soccer. Il est également actionnaire de Standard Liège, club de football de la ville de Liège, en Belgique.

En 2007 il rachète 4.000 hectares de la forêt de Lanouée, deuxième plus grand massif de Bretagne après la forêt de Paimpont. Il investit, au début des années 2000, dans le site de jeux en ligne Winamax.

L'incertitude

Si le grand groupe acquiert la holding, la vente serait fortement envisageable selon Les Echos car l'OM a été jusqu'ici un gouffre financier pour la famille et n'a qu'une taille modeste (120 millions d'euros de chiffre d'affaires) pour le groupe familial, dont le chiffre d'affaires frise les 17 milliards d'euros. Robert Louis-Dreyfus gardait la société par passion et non pour sa rentabilité souligne La Provence.com.

Par ailleurs Robert Louis-Dreyfus était depuis 2003 président du conseil d'administration de Infront Sports & Media à Zoug, groupe international de marketing sportif (anciennement Kirch). Le sort de cette dernière, non incluse dans la fondation, n'a pas été réglé par le défunt. De même que ses participations dans Le Coq Sportif, acquises après son départ d'un autre équipementier sportif, Adidas, marque qu'il avait redressée à la fin des années 1990.

Pour le reste il avait su s'en retirer à temps. En 2007 il avait vendu à Philippe Louis-Dreyfus, son cousin, la partie maritime du groupe Louis-Dreyfus. La même année il avait quitté le conseil d'administration de Louis-Dreyfus finances SA à Zurich. Récemment il s'était retiré de Louis-Dreyfus Commodities, la division négoces-matières premières du groupe Louis-Dreyfus.