Midem: l'artiste revient au centre de l'industrie musicale

Guillaume Guichard avec AFP

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Et si la crise replaçait l'artiste au centre de l'industrie musicale? C'est la tendance observée au salon du marché international de la musique (Midem) qui ferme ses portes mercredi 21 janvier, à Cannes. Ventes de CD en chute libre et difficile virage vers le numérique: les majors de la musique ne sont en effet plus aussi incontournables pour les artistes.

Pour preuve, les plus grandes stars s'en passent même parfois carrément. Jay-Z, Madonna et

U2
ont quitté leur maison de disque pour rejoindre l'écurie de Live Nation, gros organisateur de concert qui leur a proposé des offres "tout en un", de l'organisation des concerts à l'exploitation des produits dérivés. Dans la même veine, le gros indépendant Pias a raflé Oasis, Paul McCartney et Placebo à leurs majors. Ces stars ont été séduites par la formule baptisée "Intégral". Cette dernière propose aux artistes "autre chose que les majors en termes de promotion, de marketing ou de distribution", vante Pias. A savoir un service sur mesure.

Cette tendance devrait bouleverser le rôle des majors, celles-ci devant s'adapter au profil individuel de chaque musicien. «Il n’y a plus de règles, les artistes sont libres, ils peuvent sortir leur disque, se faire connaître, ils sont leur propre marque», a résumé Brian Message, manager de Radiohead, cité par 20minutes.fr. Leur nouvel outil? Internet.

Du coup, les majors se penchent de plus en plus sur la relation en ligne entre les artistes et leurs fans, thème centrale du MidemNet qui s'est tenu la veille du Midem. Le succès de MyMajorCompany, emblématique de ce phénomène, y a été décortiqué. Créé sur internet par quatre entrepreneurs, le label communautaire français propose aux internautes de financer la conception d'un album. Il faut 70.000 euros de dons pour en produire un. En 2008, le chanteur Grégoire a remporté un succès inattendu, écoulant son album à 235.000 exemplaires.

Le web n'est cependant pas la seule planche de salut pour les majors. Le Midem a aussi démontré qu'elles cherchaient à diversifier leurs revenus du côté de la pub. Associer une chanson à un spot publicitaire, ou encore un chanteur à un produit. Le modèle de l'industrie du disque: les sportifs croulant sous les contrats publicitaires.

Cette diversification des revenus est d'autant plus urgente que l'industrie de la musique traverse une double crise. Celle, structurelle, de la baisse des ventes de CD. Et celle, conjoncturelle, qui touche toute l'économie. La fréquentation du Midem s'en est ressentie, en baisse de 12% par rapport à 2008 avec 8.000 professionnels. Dans ce contexte, artistes comme maisons de disques espèrent tous que 2009 marquera enfin l'envol du numérique. En 2008, ils n'ont représenté que 14% des revenus du secteur en France malgré une croissance de 49%. Et n'ont pas compensé les baisses de vente de CD.