Gadonneix: tout reste à prouver

Jocelyn Jovène

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Pierre Gadonneix aura-t-il le temps de prouver qu'il a fait les bons choix pour EDF? L'intéressé avoue lui-même être candidat à sa propre succession. Un choix pour un poste clef qui est dans les mains de l'Elysée. Car Pierre Gadonneix est à la tête d'un gros employeur public, et d'une des premières capitalisations de son secteur en France et en Europe. De quoi attirer les candidatures.

Mais s'il est reconduit dans ses fonctions, le dirigeant de l'un des plus grands énergéticiens au monde, devra démontrer qu'il a fait les bons choix stratégiques. Et surtout qu'il n'a pas à nouveau engagé le groupe dans des errements aussi coûteux que ceux de l'Amérique Latine, au tournant des années 2000.

Car un an avant la fin de son mandat, Pierre Gadonneix a en effet multiplié les acquisitions hors de France: il a ravi Constellation Energy au milliardaire Warren Buffett aux Etats-Unis. Il s'est porté acquéreur de British Energy au Royaume-Uni (la plus grosse acquisition dans l'histoire d'EDF), tout en négociant la reprise du belge SPE à Centrica. EDF est partout où le renouveau du nucléaire est à la mode: en Chine, en Afrique du Sud, et dernièrement, à Abou Dhabi où la France tente de pousser ses pions. Mais la plupart de ces acquisitions ont été faites sur des multiples de valorisation élevés. Le groupe s'est attiré de nombreuses critiques, en interne, mais également sur les marchés financiers.

A ce jour, le principal bilan de Pierre Gadonneix, c'est la mise en Bourse de l'entreprise. Et sur ce plan, le bilan du PDG est plutôt mitigé. Si l'électricien a bien profité de l'envolée des matières premières et du regain d'intérêt pour le nucléaire, il n'a su faire prévaloir le statut de "utilities" du groupe, censé reposer sur la forte visibilité sur ses cash-flows, en pleine déconfiture des marchés financiers. Entre 2005 et 2008, le chiffre d'affaires d'EDF est passé de 46,8 à 64,3 milliards d'euros, mais son excédent brut d'exploitation -un indicateur de performance très suivi par le marché- n'a pas évolué aussi rapidement. Il est passé de 13,4 à 14,2 milliards d'euros au cours de cette période. En un an, le cours de Bourse d'EDF a chuté de 43%. Son rival national -GDF-Suez- n'a perdu "que" 34% de sa valeur. Depuis le 1er janvier, EDF retrouve des couleurs, mais cède toujours plus de 6%.

EDF doit aussi relever de nombreux défis en France qui reste son principal marché et sa principale source de résultat (63% de l'EBE 2008). Avec le renouvellement de son parc de production d'énergie et le développement de l'EPR, EDF fait face à une augmentation de ses coûts de production d'électricité, en même temps qu'à une diminution probable de ses parts de marché dans la vente d'électricité. Le groupe veut également investir dans le gaz, pour propose à ses clients un mix énergétique plus varié (GDF Suez poursuit la même stratégie du gaz vers d'autres sources d'énergies). Cette stratégie, actuellement à l'œuvre, mettra du temps à porter ses fruits.

Entre la poursuite d'une stratégie d'expansion à l'international, et un marché national qui devient plus concurrentiel, s'ouvre la deuxième tranche du chantier de la transformation de l'électricien. Un défi de taille pour Pierre Gadonneix. Si on lui remet pour un nouveau mandat les clefs de la maison EDF.