Le très gros portefeuille chinois

T.V avec AFP

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Les réserves de changes de la Chine ont atteint un record de 2.131,6 milliards de dollars fin juin, en hausse de 17,84% sur un an, a annoncé mercredi la Banque centrale chinoise. Une grande partie de la cagnotte en devises de la Chine est investie dans des avoirs en dollars, comme les bons du Trésor américain, dont elle possédait pour 763,5 milliards de dollars fin avril, après être devenue en septembre le premier créancier des Etats-Unis. Mais la Chine dispose d'une très forte puissance de feu pour acquérir des entreprises stratégiques dans le monde. La crise lui offre encore plus d'opportunités dans ce monopoly mondial.

Les réserves chinoises, devenues début 2006 les premières au monde, avaient dépassé 1.900 milliards en septembre, progressé à 1.946 milliards fin décembre, puis enregistré une baisse en janvier-février. Elles ont finalement augmenté de 185,6 milliards de dollars au cours du premier semestre, selon la Banque centrale.

Baisse des IDE

L'accumulation de devises est générée par l'excédent commercial chinois, les investissements directs étrangers en Chine et les retours sur les investissements de la Chine hors de ses frontières. Elle peut aussi être gonflée par les mouvements de capitaux spéculatifs. Les économistes ont vite fait le calcul mercredi: l'addition de ces composantes (minorées des sorties d'argent pour les investissements chinois à l'étranger) reste bien inférieure aux 185,6 milliards gagnés au premier semestre. L'excédent commercial a totalisé 96,4 milliards de dollars sur les six premiers mois de l'année (-1,3% sur un an). Sur la même période, les IDE ont représenté 43,01 milliards de dollars (-17,91% en glissement annuel).

Selon Standard Chartered, "les entrées non expliquées de devises ont totalisé 30 milliards de dollars au deuxième trimestre, comparés à 56 milliards de sorties non expliquées au premier". "Les capitaux fébriles pourraient être de retour, encouragés par une politique du crédit très lâche et de nombreux signes de formation de bulles", ajoute l'économiste de la banque américaine, Stephen Green, dans une note. Su Chang, du consultant CEBM, estime que "le rebond du secteur immobilier a attiré les investisseurs étrangers" mais aussi que les investissements de l'Etat chinois à l'étranger ont dû être "de meilleur rapport, avec la reprise des marchés étrangers".

Bulle

Couplé à une progression impressionnante du crédit ces derniers mois, ce flot de liquidités dans le pays fait en effet craindre le retour de pressions inflationnistes, la formation de bulles spéculatives et autres maux. Du coup, "la Banque centrale marche sur la corde raide, car elle doit prévenir la formation de bulles mais ne pas durcir sa politique monétaire prématurément", a souligné Ting Lu économiste de Merrill Lynch, dans une note. "Un renforcement graduel du contrôle de la politique monétaire assez tôt serait un geste positif (...) mais nous pensons que le gouvernement ne devrait pas prendre de mesures drastiques à court terme, afin d'amortir les risques pour la croissance et l'emploi", ont estimé les analystes de Goldman Sachs.