Les actionnaires du minier Rio Tinto en colère

Julien Beauvieux

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Un marché des matières premières en forte baisse, une dette écrasante. Voilà la situation à laquelle sont confrontés les dirigeants du groupe minier anglo-australien Rio Tinto, qui vont tenter de boucler une alliance avec le chinois Chinalco pour lever 19,5 milliards de dollars et résister à la crise. Malgré le mécontentement des actionnaires.

L'opération a en effet provoqué de nombreuses questions lors de l'assemblée générale qui s'est tenue mercredi 15 avril. Sur le papier, elle doit se traduire par la cession de 12,3 milliards de participations à Chinalco dans plusieurs activités. Le groupe chinois doit par ailleurs souscrire 7,2 milliards de dollars d'obligations portant 9% d'intérêts et convertibles en actions.

Non accessible aux actionnaires, qui ne pourront exercer de droit de préemption, ce deuxième volet de l'opération permettrait à Chinalco de contrôler 18% du capital, contre 8% actuellement. "Je serais heureux de vous donner mon argent en échange d'un taux d'intérêts de 9%...", a ironisé un actionnaire. "Pourquoi n'êtes vous pas venus voir les actionnaires pour leur demander de l'argent?", a-t-il poursuivi.

Les cessions de participations ne passent pas mieux, et sont vues par les actionnaires comme une "hypothèque", malgré la plus-value qu'elles devraient dégager. Une mise à nue qui traduit les difficultés de Rio Tinto.

Le groupe a en effet besoin de liquidités. Confronté à la raréfaction du crédit et la hausse du coût du crédit, Rio Tinto a annoncé avoir levé 3,5 milliards de dollars mercredi 15 avril via une émission obligataire, donnant droit à un coupon de 9%. Le refinancement de sa dette lui coûte cher, et la tâche est énorme. Le groupe comptait à fin décembre 2008 près de 30 milliards de dettes non récurrentes, pour l'essentiel liées à des acquisitions. Dernière en date, celle du fabriquant d'aluminium Alcan a coûté 38 milliards de dollars au groupe en 2007.

Cette stratégie, valable en période de croissance et de hausse du prix des matières premières, est devenue ruineuse avec le retournement du cycle économique. Le groupe minier anglo-australien a fait état, dans son rapport d'activité, d'une baisse de 15% de sa production de minerai de fer au cours du premier trimestre 2009, par rapport à la même période de l'exercice précédent. Celle de bauxite, le minerai servant à la production d'aluminium, a quant à elle chuté de 19%.

Ces baisses de production visent à coller à la baisse de la demande, pour tenter de limiter les baisses de prix. Le cours du minerai de fer a ainsi reculé de 11% en mars, selon Oddo Securities. Mais dans l'immédiat cette baisse d'activité réduit les économies d'échelle et les synergies que le groupe escomptait des différents rachats d'entreprises réalisés par le passé. Rio Tinto a donc également dû réduire la voilure sur sa masse salariale et a décidé l'an dernier de supprimer 14.000 postes dans le monde.

L'opération envisagée avec Chinalco n'est pas une mauvaise affaire, ont plaidé les dirigeants du groupe minier. Ces derniers sont prêts à lâcher du leste pour assurer sa conclusion. "Nous espérons être en mesure de faire une proposition qui plaise à tout le monde", a expliqué lors de l'assemblée générale le président du groupe, Paul Skinner. De son côté, Chinalco pourrait faire preuve de souplesse concernant l'émission obligataire, selon des sources proches du dossier citées par le Financial Times.

Soumise cet été aux autorités australiennes, puis au vote des actionnaires, l'opération donnerait de l'air à Rio Tinto. Mais en cas d'échec, la voie serait ouverte à une prise de contrôle hostile, à l'image de l'offre de rachat de son concurrent BHP Billiton, qui avait finalement jeté l'éponge en novembre 2008.