L'iPhone sonne-t-il la fin du web mobile très rentable?

Guillaume Guichard

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Et si l'iPhone annonçait des lendemains qui déchantent pour les opérateurs télécoms? Les premiers signes viennent d'outre-Atlantique. L'opérateur AT&T, qui détient l'exclusivité du téléphone d'Apple aux Etats-Unis, commencerait à s'inquiéter de l'appétit insatiable des possesseurs d'iPhone pour l'internet mobile, selon le Wall Street Journal.

Pourtant, jusqu'à aujourd'hui, l'iPhone représente un atout considérable dans le portefeuille d'AT&T. C'est une arme d'une redoutable efficacité pour séduire les clients des concurrents. Sur les 5,9 millions d'iPhones activés ces neuf derniers mois par l'opérateur, 40% sont de nouveaux clients. Formidable pour les parts de marché. Et pour le chiffre d'affaires: un utilisateur d'iPhone rapporte 1,6 fois plus de revenus que la moyenne des clients, selon AT&T. En France, Orange retirait, avant la perte de son exclusivité, environ 1.000 euros par possesseur d'iPhone, pour une moyenne de 400 euros.

Embouteillage

Le problème est ailleurs, dans les réseaux haut débit mobile des opérateurs qui risquent l'embouteillage. En effet, les possesseurs d'iPhone téléchargent deux à trois fois plus que les autres utilisateurs de smartphones, selon une étude de comScore. Normal: "le web constitue le cœur de ce téléphone, via les nombreuses applications qu'il offre, ce qui génère beaucoup plus de trafic", explique Steven Hartley, analyste senior chez Ovum. Pour limiter les dégâts, les opérateurs français diminuent la vitesse de connexion à partir de 500 Mo, de 1 Go ou de 2Go de données téléchargées, selon les forfaits. Autre solution pour désengorger les réseaux: l'iPhone se connecte au wi-fi dès qu'il le peut abandonnant ainsi la 3G.

Malgré tout, la consommation du web mobile n'en est qu'à ses débuts et devrait très rapidement croître. Les utilisateurs d'iPhone, très branchés, préfigurent ainsi l'usage de l'Internet mobile de demain. "Chaque utilisateur téléchargera de plus en plus de données, entraînant une hausse des coûts pour les opérateurs", prévoit Steven Hartley. Selon les prévisions du fabricant d'équipements pour réseaux mobiles Nokia-Siemens Network, le trafic de l'Internet mobile devrait être multiplié par 100 entre 2007 et 2015.

Infrastructure

A court terme, cela posera un problème de taille pour les opérateurs. Ils doivent revoir l'infrastructure des réseaux et la renforcer, ce qui a un coût. Toujours selon Nokia-Siemens Network, les opérateurs devront multiplier leurs capacités de transmission par 60 entre 2007 et 2015.

Or, le contexte n'est pas propice aux investissements. En plus de la crise économique, la concurrence fait rage entre opérateurs, tirant les prix vers le bas. Selon l'Idate, le revenu moyen par utilisateur en matière d'Internet mobile devrait ainsi baisser de 6,7 à 5,4 euros par mois en France et être divisé par plus de deux en Allemagne (de 8,6 à 4,2 euros). Les marges dans l'Internet mobile devraient aussi souffrir. Car, "si le coût de transport des données va baisser sur la durée, l'usage, lui, va augmenter beaucoup plus rapidement", selon Steven Hartley. La rançon du succès en quelque sorte.